Publié le 21 novembre 2025 à 11h42. Une équipe de chercheurs espagnols a identifié un lien entre la densité mammaire, mesurée par mammographie, et l’agressivité de certains types de cancer du sein, ouvrant la voie à une meilleure stratification du risque pour les patientes.
- La densité mammaire pourrait être un marqueur pronostique, au-delà d’un simple facteur de risque, pour le cancer du sein.
- Les femmes présentant une densité mammaire élevée ont un risque accru de développer des sous-types de cancer du sein plus agressifs, notamment le HER2+ et le triple négatif.
- L’étude, menée sur une cohorte de 714 patientes espagnoles, met en évidence l’importance du statut ménopausique et de l’obésité dans cette association.
Le cancer du sein demeure la tumeur la plus fréquemment diagnostiquée chez les femmes en Espagne, représentant près de 30 % de tous les cancers féminins. Cependant, cette dénomination regroupe en réalité une diversité de sous-types moléculaires, chacun présentant un comportement et un pronostic distincts. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Recherche sur le cancer du sein, suggère que la densité mammaire, déjà reconnue comme un facteur de risque, pourrait également servir de marqueur pronostique précieux.
Dirigée par le chercheur du Centre National d’Épidémiologie (CNE) Virginia Lopé et menée en collaboration avec le Réseau des Centres de Recherche Biomédicale (CIBER-ISCIII), cette recherche s’est penchée sur la relation entre la densité mammaire et l’apparition de différents sous-types tumoraux. Les chercheurs se sont concentrés sur trois catégories principales : le sous-type avec récepteurs hormonaux (HR+), généralement associé à un meilleur pronostic ; le sous-type du récepteur du facteur de croissance épidermique (HER2+), caractérisé par une agressivité accrue ; et le sous-type triple négatif, dépourvu de récepteurs hormonaux et du récepteur HER2, souvent synonyme d’un pronostic plus défavorable.
L’étude a porté sur 714 patientes diagnostiquées avec un cancer du sein entre 2014 et 2019, issues de huit centres hospitaliers répartis dans quatre communautés autonomes espagnoles. L’équipe a collecté des données exhaustives, incluant des informations épidémiologiques, cliniques et pathologiques, obtenues à partir de questionnaires et des dossiers médicaux des participantes.
La densité mammographique moyenne observée dans la cohorte était de 26 %. La répartition des sous-types tumoraux s’établissait comme suit : 69 % des patientes présentaient un cancer HR+, 19 % un cancer HER2+ et 12 % un cancer triple négatif.
Les résultats de l’étude révèlent une corrélation significative entre une densité mammaire élevée et le développement de types de tumeurs plus agressifs. Chez les femmes présentant une densité supérieure à 50 %, les chercheurs ont constaté une inversion notable dans la répartition des sous-types. Ce groupe affichait un pourcentage inférieur de tumeurs HR+, tandis que le pourcentage de tumeurs HER2+ était 36 % plus élevé par rapport aux femmes ayant une faible densité. De même, le pourcentage de tumeurs triple négatif, les plus agressives, était 23 % plus élevé dans le groupe à haute densité.
L’étude a également exploré l’influence de facteurs tels que le statut ménopausique et l’indice de masse corporelle. Virginia Lopé souligne que l’association entre une densité élevée et le développement de tumeurs agressives était particulièrement marquée chez les femmes pré/périménopausiques et celles en surpoids ou obèses. Elle précise que, bien que ces résultats nécessitent une confirmation, ils suggèrent que
« une densité mammographique élevée pourrait être un marqueur pertinent pour identifier les femmes présentant un risque plus élevé de développer des formes plus agressives de cancer du sein. »
Virginia Lopé, chercheur au CNE
Cette recherche ouvre la voie à une approche plus personnalisée du dépistage et de la prise en charge du cancer du sein, où la mesure de la densité mammaire pourrait non seulement permettre une détection précoce, mais également servir d’outil essentiel pour la stratification du risque oncologique et anticiper la virulence potentielle de la tumeur en fonction de la composition du tissu mammaire.