La nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a provoqué une vive réaction de la Chine en suggérant que Tokyo pourrait intervenir militairement si Pékin agressait Taïwan. Cette déclaration, plus ferme que celles de ses prédécesseurs, intervient moins d’un mois après sa prise de fonction et a immédiatement suscité des avertissements et des mesures de rétorsion de la part des autorités chinoises.
Lors d’une commission parlementaire le 7 novembre, Takaichi a affirmé qu’un blocus naval chinois ou toute autre action contre Taïwan pourrait justifier une réponse militaire japonaise. Elle a ensuite maintenu ses propos, tout en indiquant qu’elle éviterait à l’avenir de spéculer sur des scénarios spécifiques. La Première ministre est connue pour son soutien de longue date à Taïwan et sa vision d’une Chine perçue comme une menace croissante, ce qui se traduit par une accélération des plans d’augmentation des dépenses militaires japonaises.
La Chine considère Taïwan comme une province renégate et réaffirme régulièrement son intention de la réunifier, par la force si nécessaire. Pékin s’oppose fermement à toute ingérence étrangère dans cette question, notamment de la part des États-Unis, principal fournisseur d’armes de l’île. Le ministère chinois des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur du Japon pour protester contre les déclarations de Takaichi, les qualifiant d’ingérence inacceptable.
La réaction chinoise ne s’est pas limitée à la diplomatie. Pékin a publié un avertissement déconseillant à ses citoyens de voyager au Japon, un pays qui accueillait environ 7,5 millions de touristes chinois entre janvier et septembre 2025, soit près d’un quart du total des visiteurs étrangers. Le ministère chinois de l’Éducation a également émis une mise en garde concernant des incidents impliquant des ressortissants chinois au Japon, sans pour autant interdire les voyages.
Par ailleurs, les garde-côtes chinois ont annoncé des patrouilles accrues dans les eaux entourant les îles Senkaku, revendiquées par les deux pays. Des analystes suggèrent que la Chine pourrait également envisager de restreindre l’exportation de terres rares, des composants essentiels pour l’industrie automobile et technologique, bien qu’il n’y ait aucune indication immédiate d’une telle mesure.
Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a tenté de calmer le jeu, affirmant que la position de Tokyo sur Taïwan n’avait pas changé et qu’il demanderait à Pékin une « réponse appropriée » pour éviter une escalade. Cependant, le gouvernement japonais semble déterminé à ne pas revenir sur les propos de Takaichi, craignant que cela ne limite ses options en cas de crise et ne nuise à sa popularité.
La constitution japonaise, héritée de la Seconde Guerre mondiale, interdit l’usage de la force sauf en cas de légitime défense. Toutefois, une loi adoptée en 2015 permet au Japon de venir en aide à un allié – vraisemblablement les États-Unis – en cas de menace existentielle. Takaichi, proche de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, a estimé qu’une action chinoise contre Taïwan pourrait constituer une telle menace, déclenchant ainsi la crise actuelle.
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