Publié le 19 décembre 2025 à 00h21. Une équipe internationale d’astronomes a observé un phénomène exceptionnel au cœur de la galaxie NGC 3783 : une éjection de gaz à une vitesse atteignant 20 % de la vitesse de la lumière, remettant en question les modèles actuels sur le comportement des trous noirs supermassifs.
- Des chercheurs ont détecté une masse de gaz expulsée du voisinage d’un trou noir supermassif à 20 % de la vitesse de la lumière (environ 57 000 km/s).
- L’événement, coïncidant avec une éruption de rayons X, suggère un mécanisme d’éjection basé sur la réorganisation des champs magnétiques, similaire aux éjections coronales du Soleil.
- Cette découverte, rendue possible grâce aux observations de la mission XRISM, pourrait modifier notre compréhension de l’interaction entre les trous noirs et leur environnement galactique.
L’univers est un terrain fertile pour des phénomènes énergétiques défiant l’intuition. Récemment, l’activité observée au cœur de la galaxie NGC 3783 a particulièrement attiré l’attention des astronomes. Pendant dix jours consécutifs, une campagne internationale de surveillance menée par la mission XRISM a révélé un événement inattendu : une masse de gaz éjectée à une vitesse stupéfiante, atteignant 20 % de la vitesse de la lumière.
Cette éjection s’est accompagnée d’une éruption de rayons X et a mis en évidence un mécanisme jusqu’alors considéré comme propre aux étoiles comme le Soleil. Les trous noirs supermassifs sont connus pour présenter des variations de luminosité et des explosions lumineuses, mais cette fois, les chercheurs ont identifié un processus différent. Au lieu d’un flux entraîné par un rayonnement intense, les données suggèrent une dynamique provoquée par un changement brutal du champ magnétique entourant le disque d’accrétion.
L’explosion impliquait une masse de gaz éjectée d’une zone située à cinquante fois la taille du trou noir. Dans ce secteur, la gravité extrême et les champs magnétiques interagissent violemment. L’éjection n’a pas suivi le schéma habituel d’échauffement extrême, mais a plutôt été liée à une réorganisation magnétique, un processus équivalent – bien que immensément plus puissant – à celui qui provoque les éjections de masse coronale du Soleil.
Selon Liyi Gu, auteur principal de l’ étude publiée dans la revue Astronomie et Astrophysique, il s’agit d’une « opportunité unique d’étudier le mécanisme de lancement des flux ultrarapides ». Gu précise que les données coïncident avec une impulsion magnétique liée à la reconnexion dans l’environnement du trou noir.
L’équipe a démontré que la physique régissant ces processus ne nécessite pas de chaleur extrême ni de pression de rayonnement capable d’accélérer la matière à des dizaines de milliers de kilomètres par seconde. La clé réside dans l’action combinée des lignes de champ magnétique qui, après s’être réorganisées, ont libéré suffisamment d’énergie pour lancer le gaz avec une violence sans précédent.
Cette avancée scientifique a été rendue possible par la plus longue observation continue réalisée par XRISM depuis son lancement. Lors de la campagne de 2024, le télescope et ses instruments à haute résolution ont permis d’identifier des variations brusques de l’émission des rayons X, notamment dans la bande la plus douce.
La poussée, qui a duré trois jours, a coïncidé avec l’accélération du flux, permettant de reconstituer l’épisode minute par minute. Ce résultat remet en question les explications traditionnelles qui décrivent les trous noirs comme de simples aspirateurs cosmiques. Au contraire, il révèle un système capable d’expulser la matière avec une efficacité remarquable, modifiant l’environnement de la galaxie et redéfinissant le rôle de ces objets dans l’évolution cosmique.
Ce type de reconnexion magnétique pourrait expliquer les schémas observés dans les galaxies actives, où le gaz semble turbulent et déplacé sur des centaines d’années-lumière. L’expulsion de matière modifie la structure du milieu interstellaire et affecte la formation des étoiles dans les régions proches. Lorsque ces flux jaillissent à des vitesses relativistes, ils peuvent nettoyer des zones entières du noyau galactique et réguler la croissance du trou noir.
La découverte ouvre de nouvelles perspectives sur les interactions entre les trous noirs et leur environnement, confirmant qu’ils ne sont pas seulement des consommateurs de matière, mais aussi des acteurs dynamiques capables de restituer de l’énergie à l’espace qui les entoure.
