Home SantéUne étude du microbiote de trois générations confirme à quel point il change et comment il affecte la santé

Une étude du microbiote de trois générations confirme à quel point il change et comment il affecte la santé

by Sophie Martin

Publié le 27 octobre 2025 08h48. L’étude du microbiote, cet ensemble de micro-organismes qui peuplent notre corps, connaît un essor considérable. Des recherches récentes soulignent l’importance cruciale de son développement durant les premiers mois de vie pour la santé future, ouvrant la voie à des approches thérapeutiques personnalisées.

  • Le microbiote intestinal, souvent appelé « flore intestinale », est un véritable « superorganisme » essentiel aux processus métaboliques et à l’immunité.
  • Les premiers jours de vie sont une période clé pour la colonisation du microbiote, influençant la santé à long terme.
  • Des stratégies comme l’alimentation, les probiotiques et la greffe de microbiote fécal pourraient permettre de moduler le microbiote pour améliorer la santé.

Le microbiote, un terme de plus en plus présent dans les publicités pour yaourts et cosmétiques, est bien plus qu’un simple argument marketing. Il s’agit de l’ensemble des bactéries, champignons, virus et autres micro-organismes qui vivent en symbiose avec notre organisme. Si l’existence de ces micro-organismes était connue depuis le XVIIe siècle, c’est l’avènement de techniques d’analyse sophistiquées, comme la génomique et la métabolomique, qui a permis d’en percer les secrets.

Le microbiote intestinal, en particulier, est considéré comme un « superorganisme » en raison de la quantité impressionnante de bactéries qu’il abrite. Son rôle est fondamental dans la digestion, l’absorption des nutriments, la production de vitamines et le renforcement du système immunitaire. Un déséquilibre de cette communauté microbienne, appelé dysbiose, peut favoriser l’apparition de troubles gastro-intestinaux tels que la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse, ainsi que d’allergies alimentaires.

Mais l’influence du microbiote ne se limite pas à l’intestin. Des études récentes suggèrent un lien entre la dysbiose et des troubles neurologiques comme l’autisme et la dépression. Bien qu’il soit difficile de définir un microbiote « normal », les scientifiques s’accordent à dire qu’un microbiote diversifié et équilibré, capable de produire des métabolites bénéfiques comme les acides gras à chaîne courte (notamment l’acide butyrique), est un signe de bonne santé.

L’étude menée conjointement par l’Université CEU San Pablo et l’Hôpital Enfant Jésus a mis en lumière l’importance cruciale des premiers jours de vie dans le développement du microbiote. L’équipe de recherche a suivi 200 participantes de trois générations – bébés allaités, mères et grands-mères – en analysant les échantillons de selles de chacune d’entre elles.

Les résultats ont révélé des différences significatives dans la composition du microbiote en fonction de l’âge. Les nourrissons présentent un microbiote moins diversifié que les adultes, mais enrichi en bactéries du genre Bifidobacterium, ce qui est cohérent avec un régime alimentaire basé sur le lait maternel. Les chercheurs ont également observé une augmentation du glucose et des acides gras polyinsaturés chez les nourrissons, tandis que les mères et les grands-mères affichaient des taux plus élevés d’acides gras saturés et monoinsaturés, reflétant les changements liés à l’âge et à l’alimentation.

Ces découvertes soulignent l’importance de la colonisation précoce du microbiote, qui influence le développement du système immunitaire et le bien-être de l’individu tout au long de sa vie. Les mille premiers jours de la vie constituent une fenêtre d’opportunité unique pour façonner un microbiote sain et résilient.

Face à ces avancées, plusieurs stratégies thérapeutiques sont à l’étude pour moduler le microbiote et améliorer la santé. L’alimentation joue un rôle clé, certains aliments favorisant la croissance de bactéries bénéfiques tandis que d’autres peuvent avoir un effet néfaste. Les probiotiques (micro-organismes vivants), les prébiotiques (fibres non digestibles) et les symbiotiques (combinaison des deux) sont également prometteurs. Enfin, la greffe de microbiote fécal, qui consiste à transférer des micro-organismes fécaux d’un donneur sain à un patient malade, est une option thérapeutique en cours d’évaluation, notamment pour les infections récurrentes à Clostridium difficile.

Aujourd’hui, il est clair que les micro-organismes qui nous habitent ne sont pas de simples passagers. Le microbiote est un allié essentiel, un partenaire de notre santé qui joue un rôle crucial dans l’immunité et l’homéostasie dès nos premiers jours de vie. La recherche biomédicale s’oriente donc vers des traitements personnalisés, tenant compte du génome, du métabolisme et du microbiome de chaque patient.

Article publié dans ‘The Conversation’.

Alma Cristina Villasenor Solís ; Professeur d’analyse chimique et de techniques bioanalytiques, Université CEU San Pablo

Andrea Macías Camero ; Chercheur prédoctoral, Université CEU San Pablo

Elisa Zubeldia; Professeur Collaborateur Docteur au Département des Sciences Médicales Fondamentales de la Faculté de Médecine, Université CEU San Pablo

Marina Pérez Gordo ; Directeur du Département des Sciences Médicales Fondamentales. Professeur du domaine de biologie cellulaire et histologie, Université CEU San Pablo

Tomás Clive Barker Tejeda ; Chercheur postdoctoral en métabolomique, Université CEU San Pablo

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