Publié le 14 décembre 2025 18:03:00. Des chercheurs de l’Institut de recherche de l’hôpital del Mar ont identifié un mécanisme qui permet de rendre les cancers du sein hormonodépendants, les plus courants et les plus mortels, sensibles à l’immunothérapie, une approche jusqu’à présent inefficace pour ce type de tumeur.
- Environ 70 % des cancers du sein sont positifs aux récepteurs hormonaux, et représentent la principale cause de décès liés à cette maladie.
- L’étude révèle que le récepteur des œstrogènes bloque l’action du système immunitaire contre ces cancers.
- Des stratégies combinant inhibiteurs hormonaux et immunothérapie, ou l’utilisation d’une version modifiée d’une molécule clé (LCOR), pourraient ouvrir la voie à de nouveaux traitements.
Le cancer du sein à récepteur hormonal positif, également appelé cancer du sein luminal, représente 70 % de tous les cas de cancer du sein et est responsable du plus grand nombre de décès. Jusqu’à présent, l’immunothérapie, une approche qui stimule le système immunitaire pour combattre le cancer, s’est avérée peu efficace contre ce type de tumeur. Les cellules cancéreuses présentent en effet une faible réponse immunitaire, sauf dans un sous-groupe minoritaire de patientes présentant de faibles niveaux de récepteurs d’œstrogènes.
Une équipe de l’Institut de recherche de l’hôpital del Mar, en coordination avec des chercheurs soutenus par l’Association espagnole contre le cancer grâce au soutien d’Ausonie, a mené une étude publiée dans le Journal of Clinical Investigation. Cette recherche met en lumière le rôle crucial du récepteur des œstrogènes dans la capacité de la tumeur à échapper à la surveillance du système immunitaire.
L’analyse de divers essais cliniques a démontré que ce récepteur est un facteur déterminant qui limite l’infiltration des cellules immunitaires dans la tumeur et empêche l’immunothérapie d’agir efficacement. En revanche, l’inhibition du récepteur des œstrogènes permet d’activer les signaux LCOR et interféron, deux éléments clés dans le processus de présentation des antigènes à la surface des cellules cancéreuses, les rendant ainsi visibles pour le système immunitaire.
Pour confirmer ce mécanisme de protection des tumeurs, les chercheurs ont développé un modèle préclinique sur des animaux. Ils ont ainsi observé que la molécule LCOR, qui avait précédemment montré une capacité à améliorer l’efficacité de l’immunothérapie dans le cadre du cancer du sein triple négatif, était bloquée par le récepteur des œstrogènes et incapable de remplir sa fonction.
« Le récepteur des œstrogènes séquestre le LCOR et ne lui permet pas d’agir sur le domaine d’activation de la machinerie de présentation de l’antigène, conditionnant sa fonction et empêchant la tumeur d’être “visible” »
Dr Toni Celia-Terrassa, coordinateur du Laboratoire de cellules souches cancéreuses et dynamique des métastases de l’Institut de recherche de l’Hôpital del Mar
Pour contrer cet effet, l’équipe a exploré deux stratégies en milieu préclinique. La première consiste à associer le LCOR et l’immunothérapie à des inhibiteurs hormonaux, une approche déjà utilisée pour traiter ce type de cancer. La seconde repose sur l’utilisation d’une version modifiée du LCOR (LSKAA), qui échappe à la séquestration par le récepteur des œstrogènes.
« En conditions normales, dans ce type de tumeur, la signalisation des œstrogènes est très répandue et empêche le LCOR d’agir. Si on parvient à la rompre avec une thérapie anti-œstrogène, le LCOR agit en activant la présentation des antigènes et ouvre la voie à l’immunothérapie »
José Ángel Palomeque, chercheur HMRIB
Ce LCOR modifié, en contournant l’action des récepteurs des œstrogènes, augmente la présentation des antigènes, un élément essentiel pour déclencher une réponse immunitaire efficace contre la tumeur.
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