Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une étude majeure publiée dans The Lancet alerte sur les dangers croissants des aliments ultra-transformés pour la santé publique et appelle à une régulation stricte, comparable à celle du tabac, pour en limiter la consommation.
- La consommation excessive d’aliments ultra-transformés est liée à une augmentation de l’obésité, du diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires, de la dépression et d’autres pathologies graves.
- Des enquêtes nationales révèlent une augmentation inquiétante de la proportion d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation, notamment au Mexique et au Brésil.
- Les auteurs de l’étude dénoncent les stratégies des entreprises agroalimentaires pour maximiser leurs profits au détriment de la santé publique.
La revue scientifique The Lancet a publié un dossier spécial consacré à l’impact des aliments ultra-transformés sur la santé. Les conclusions, issues d’une analyse de 104 études scientifiques, sont sans appel : ces produits, caractérisés par leur composition à base d’ingrédients bon marché et souvent nocifs, représentent un danger majeur pour la santé publique.
Lors d’une conférence de presse organisée pour présenter cette étude, Phillip Baker, de l’Université de Sydney (Australie), l’un des principaux auteurs, a insisté sur la nécessité d’une intervention gouvernementale.
« La réduction de la consommation d’aliments ultra-transformés ne peut pas être laissée uniquement entre les mains des citoyens, elle doit être réglementée comme cela a été le cas avec le tabac. »
Phillip Baker, Université de Sydney
Ces aliments, souvent riches en sel, en sucres et en graisses de mauvaise qualité, et pauvres en fibres et en protéines, contribuent au déplacement des habitudes alimentaires traditionnelles, selon les auteurs. Ils sont fabriqués avec des ingrédients peu coûteux, souvent préjudiciables à la santé, et présentent une faible valeur nutritionnelle.
L’étude met en évidence un lien direct entre une consommation élevée d’aliments ultra-transformés et une augmentation des risques d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de dépression, de pathologies rénales et d’un risque accru de décès prématuré.
Plusieurs enquêtes nationales confirment une tendance alarmante : la part des aliments ultra-transformés dans l’alimentation augmente à un rythme jugé « très inquiétant » par les scientifiques. Au Mexique et au Brésil, cette proportion est passée de 10 % à 23 % au cours des quatre dernières décennies. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, elle a légèrement augmenté au cours des deux dernières décennies, mais reste supérieure à 50 %.
Le dossier propose un ensemble de mesures politiques visant à inciter les gouvernements à réglementer et à réduire la production, la commercialisation et la consommation de ces produits, afin de protéger la santé publique face à « la puissante industrie manufacturière ». Camila Corvalán, directrice du Centre de recherche sur les environnements alimentaires et de prévention des maladies chroniques associées à la nutrition (CIAPEC) du Chili, a souligné l’importance de mesures économiques :
« Acheter des aliments ultra-transformés qui sont nocifs pour la santé ne peut pas être aussi bon marché, nous devons les taxer davantage et allouer cet argent pour faciliter l’accès à des aliments frais et sains. »
Camila Corvalán, CIAPEC
Le dossier souligne également que ce ne sont pas les choix individuels, mais les stratégies des entreprises multinationales qui sont à l’origine de l’essor des aliments ultra-transformés. Ces entreprises utilisent des ingrédients bon marché, des méthodes de production industrielles, un marketing agressif et des emballages attrayants pour stimuler la consommation. Elles recourent également à des tactiques politiques sophistiquées pour défendre leurs intérêts, en bloquant les réglementations, en influençant les débats scientifiques et l’opinion publique.
ms (efe/afp)