De nouvelles recherches confirment que les statines, médicaments couramment prescrits pour réduire le cholestérol, offrent une protection significative contre les maladies cardiovasculaires chez les personnes âgées, et ce, sans effets secondaires notables. L’étude, menée par des chercheurs de l’Université de Hong Kong et de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, apporte une réponse claire à une question qui divisait la communauté médicale depuis longtemps.
L’analyse des dossiers médicaux de plus de 80 000 personnes âgées à Hong Kong a révélé que les patients de 75 à 84 ans sous traitement par statines présentaient un risque de maladies cardiovasculaires réduit de 21 %, tandis que chez les plus de 85 ans, cette réduction atteignait 35 %. Ces résultats, publiés dans la revue Annales de médecine interne, sont particulièrement encourageants compte tenu du fait que les personnes âgées sont souvent sous-représentées dans les essais cliniques.
Les maladies cardiovasculaires représentent un défi majeur de santé publique, en particulier avec le vieillissement de la population. Selon une récente enquête menée à Hong Kong, plus de 65 % des personnes âgées de 65 à 84 ans souffrent d’un taux de cholestérol élevé. Bien que les statines soient utilisées depuis des décennies pour améliorer le profil lipidique des patients, les recommandations cliniques internationales étaient jusqu’à présent hésitantes quant à leur utilisation systématique chez les patients de plus de 75 ans, en raison d’un manque de données probantes spécifiques.
Pour pallier ce manque, l’équipe du professeur Eric Wan Yuk-fai a utilisé une méthode analytique innovante, appelée « émulation d’essai cible ». Cette approche permet de minimiser les biais souvent associés aux études observationnelles en reproduisant les caractéristiques clés des essais cliniques randomisés. L’étude a porté sur les données de l’autorité hospitalière de Hong Kong, collectées entre janvier 2008 et décembre 2018, et a inclus des patients présentant des taux de lipides sous-optimaux ainsi que d’autres facteurs de risque cardiovasculaire, tels que le diabète.
Au-delà de la réduction significative du risque relatif, l’étude a également quantifié la réduction du risque absolu : une diminution de 5 % sur cinq ans pour les 75-84 ans et de 12,5 % pour les plus de 85 ans. De plus, les chercheurs n’ont constaté aucun risque accru d’effets indésirables majeurs, comme des problèmes hépatiques ou des douleurs musculaires, liés à l’utilisation des statines.
« Ces résultats ont des implications significatives pour éclairer les décisions cliniques concernant l’initiation d’un traitement par statines pour ce groupe de population de plus en plus important », explique la professeure Cindy Lam Lo-kuen, de l’école de médecine clinique de l’Université de Hong Kong. « Cette étude ouvre également la voie à de nouvelles méthodes de recherche pour explorer d’autres questions cliniques importantes concernant les soins aux personnes âgées. »
Le professeur Eric Wan Yuk-fai souligne l’importance de cette nouvelle approche méthodologique : « La population plus âgée est souvent sous-représentée dans les essais cliniques randomisés, ce qui limite la disponibilité de données fiables. L’émulation d’essai cible offre un potentiel considérable pour générer des preuves de haute qualité en médecine gériatrique et améliorer ainsi la prise en charge des patients âgés. »
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