Home MondeUne fenêtre intrigante mais frustrante sur la politique d’Obama en Asie occidentale

Une fenêtre intrigante mais frustrante sur la politique d’Obama en Asie occidentale

by Clara Dubois

Un ancien responsable américain révèle des tensions internes à l’administration Obama concernant une possible ouverture diplomatique avec le président syrien Bachar el-Assad, ainsi que les pressions exercées par les groupes de réflexion et les donateurs sur les analyses politiques à Washington.

Steven Simon, qui a occupé des postes de haut niveau au sein des administrations Reagan et Obama, livre dans son ouvrage « Grande illusion : la montée et la chute de l’ambition américaine au Moyen-Orient » des détails sur les coulisses de la politique américaine au Moyen-Orient. L’ancien fonctionnaire relate notamment une proposition, en 2015, de se rendre à Damas pour rencontrer Bachar el-Assad, alors que le régime syrien était en difficulté.

Après avoir quitté la Maison Blanche et effectué un voyage d’affaires à Beyrouth, Simon a reçu une invitation informelle à se rendre à Damas. Il a ensuite consulté Rob Malley, son successeur au Conseil de sécurité nationale (NSC), qui travaillait alors sur l’accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA). Malley a estimé qu’une telle rencontre pourrait être utile pour amorcer un processus de désescalade.

Simon décrit dans son livre les discussions qui ont suivi avec Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale de l’époque. « Elle était opposée à l’idée d’une ouverture avec Assad », explique-t-il. Rice considérait que le président syrien était dans une situation désespérée et qu’il ne fallait pas lui offrir une bouée de sauvetage. Finalement, Simon a informé ses contacts dans la région qu’il n’y avait aucune perspective d’accord.

L’ouvrage met également en lumière l’influence des groupes de réflexion et des donateurs sur la politique américaine au Moyen-Orient. Simon révèle que le Middle East Institute (MEI) a bénéficié d’un don de 20 millions de dollars des Émirats arabes unis, ce qui a permis à l’organisation de rester à flot. Il souligne que les dirigeants du MEI, comme ceux de nombreux autres think tanks de Washington, exercent une pression sur leurs chercheurs pour qu’ils adhèrent à la ligne des donateurs.

« Je n’ai jamais vu un expert politique écrire si ouvertement sur la pression que le leadership du MEI – comme celle de presque tous les autres centres de réflexion de Washington – exerce sur ses universitaires affiliés pour qu’ils s’alignent sur la position de leurs donateurs », écrit Simon.

Il critique également le manque de transparence concernant l’utilisation par Israël des groupes de réflexion pour « diffuser les opinions de leurs sponsors et influencer l’opinion de Washington ».

Simon déplore par ailleurs le manque d’organisation de son propre livre, regrettant que ses éditeurs n’aient pas insisté pour qu’il structure son récit de manière plus cohérente et chronologique. Il relève l’absence de dates précises et la nature décousue des sections consacrées à la politique d’Obama en Syrie, notamment l’absence de mention de l’émergence de l’État islamique (EI) au début de 2012.

Il critique également le manque d’analyse sur la manière dont les armes et l’argent fournis par Washington à l’opposition syrienne ont fini par tomber entre les mains de l’EI ou d’Al-Qaïda. « Il ne présente pas le sort des politiques américaines comme se déroulant en temps réel, avec différentes lignes interagissant et se croisant tout au long du chemin, et comme affectant des sociétés réelles, très grandes et profondément souffrant », conclut-il.

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