Publié le 21 novembre 2025 02:54:00. Face à un multilatéralisme fragilisé, les nations de la région Indo-Pacifique explorent de nouvelles voies de coopération, privilégiant des partenariats thématiques et axés sur la résilience pour répondre aux défis croissants de la région.
- L’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) cherche à renforcer la convergence et la collaboration pour relever les défis communs dans la région Indo-Pacifique.
- L’Australie s’aligne sur les priorités de l’AOIP (Perspectives de l’ASEAN sur l’Indo-Pacifique) à travers l’initiative Aus4ASEAN.
- Une nouvelle approche de la diplomatie régionale émerge, axée sur des coalitions thématiques et le renforcement des capacités plutôt que sur la domination des grandes puissances.
La région Indo-Pacifique, qui concentre les deux tiers de la population et de l’économie mondiales, est confrontée à une période d’incertitude croissante. L’ordre international fondé sur des règles est mis à l’épreuve, et les acteurs régionaux doivent trouver des solutions pour faire face à cette contestation et à cette instabilité. C’est dans ce contexte que se sont tenus récemment des échanges sur les moyens de renforcer la coopération et la convergence dans la région.
Un forum organisé par l’Institut d’études stratégiques et internationales de Malaisie a mis en lumière les difficultés rencontrées par les pays pour aligner leurs stratégies indo-pacifiques sur les principes de l’AOIP, qui prône l’ouverture, l’inclusivité, la transparence et le respect du droit international. Si l’AOIP représente un cadre de référence important, sa mise en œuvre concrète et l’adhésion des différents acteurs restent limitées.
L’Australie se distingue toutefois par son engagement à soutenir directement la mise en œuvre des priorités de l’AOIP grâce à l’initiative Aus4ASEAN. Ce programme vise à renforcer l’intégration de l’économie numérique, à promouvoir un développement urbain durable et à améliorer la résilience climatique dans la région.
« Ces initiatives ne sont pas motivées par une puissance dure mais par le renforcement des capacités et la résilience, et constituent une réponse directe aux besoins changeants de la région. »
Le forum a révélé une prise de conscience croissante parmi les acteurs de l’Asie du Sud-Est de la nécessité de s’affranchir de la dépendance à l’égard du soutien américain traditionnel. Bien que la région ait bénéficié d’un ordre mondial dominé par les États-Unis, cette ère semble révolue. L’ASEAN et d’autres acteurs régionaux affirment de plus en plus leur capacité d’agir et définissent leurs propres priorités et engagements.
L’enjeu est de taille : la région Indo-Pacifique est particulièrement vulnérable aux catastrophes naturelles liées au climat. Entre 1970 et 2022, elle a été touchée par près de dix événements climatiques, météorologiques, hydriques ou sismiques chaque mois. Les projections estiment que jusqu’à 89 millions de personnes pourraient être contraintes de devenir des réfugiés climatiques d’ici 2050, avec plus de 80 % de la population régionale directement affectée.
La diversité des contextes historiques, géographiques, politiques et sécuritaires au sein de la région représente un défi supplémentaire. L’Inde, en tant qu’État civilisationnel en pleine ascension économique, l’Indonésie, une nation archipel en voie de devenir une puissance économique majeure, la Corée du Sud, confrontée aux réalités sécuritaires de la péninsule coréenne, le Japon, guidé par sa constitution pacifiste, et les petits États insulaires du Pacifique, particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique, ont tous des perspectives différentes sur la région.
Cette diversité soulève deux questions fondamentales : les pays de la région partagent-ils suffisamment d’intérêts communs pour travailler ensemble de manière significative ? Et la coopération peut-elle être durable sans dépendre du leadership des grandes puissances ?
Les institutions multilatérales traditionnelles, bien qu’ayant été conçues comme des plateformes universelles pour aborder une multitude de questions, montrent leurs limites. Le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé, de l’Accord de Paris et les réductions budgétaires de l’USAID en sont des exemples frappants.
C’est dans ce contexte que les coalitions thématiques émergent comme un élément central de la diplomatie régionale. Ces partenariats flexibles et ciblés permettent d’obtenir des résultats concrets sur des enjeux communs tels que la sécurité sanitaire, la résilience climatique, la sécurité maritime et la coopération technologique. Le Partenariat Indo-Pacifique pour la sensibilisation au domaine maritime, lancé en 2022, illustre cette tendance en offrant aux partenaires régionaux un accès à des données radiofréquences abordables et en temps quasi réel pour lutter contre la pêche illégale et d’autres menaces maritimes.
D’autres accords minilatéraux et trilatéraux se multiplient. Le dialogue trilatéral Australie-Inde-Indonésie se concentre sur la sécurité maritime et la coopération en matière d’économie bleue, tandis que l’initiative de résilience de la chaîne d’approvisionnement entre l’Australie, l’Inde et le Japon vise à réduire la dépendance à l’égard de fournisseurs uniques dans des secteurs clés tels que les semi-conducteurs et les minéraux critiques.
Ces initiatives, axées sur le renforcement des capacités et de la résilience, plutôt que sur la démonstration de puissance, constituent une réponse directe aux besoins changeants de la région. Cette approche s’inscrit dans une logique de « diplomatie de la résilience », visant à renforcer la capacité diplomatique, institutionnelle et sociétale à absorber les chocs.
L’Australie joue un rôle discret mais important dans cette évolution. Une part importante de son budget d’aide au Pacifique pour 2025-2026 est consacrée à l’adaptation au climat et aux infrastructures axées sur la résilience. En Asie du Sud-Est également, l’Australie se concentre sur la sécurité sanitaire, la résilience climatique et la croissance économique. Les liens entre les peuples, notamment grâce à des programmes éducatifs et des liens avec la diaspora, contribuent à renforcer la confiance mutuelle.
Le respect de l’autonomie régionale est désormais au cœur de la politique étrangère australienne. Que ce soit dans la région du Pacifique, en Asie du Sud-Est ou dans l’océan Indien, l’Australie privilégie la co-conception des initiatives plutôt que leur imposition. C’est ce type de partenariat qui est nécessaire dans une région confrontée à la pression exercée sur le multilatéralisme.
Les stratégies indo-pacifiques qui privilégient une coopération flexible et axée sur des problèmes spécifiques ne constituent pas un rejet du multilatéralisme, mais un moyen de maintenir son objectif principal en vie. Cette force tranquille ne réside pas dans la domination, mais dans l’endurance.
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