Publié le 26 novembre 2025 à 07h38. Un émissaire de l’ancien président américain Donald Trump aurait proposé au Kremlin de collaborer à un plan de paix pour l’Ukraine, s’inspirant de l’accord récemment conclu à Gaza, et de soumettre ce projet à Trump lui-même.
- Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump, a suggéré à un conseiller clé de Vladimir Poutine de travailler avec l’ancien président américain sur un accord de paix pour l’Ukraine.
- Witkoff a conseillé à Yuri Ouchakov d’aborder la question avec Trump et a évoqué un plan de paix en 20 points.
- Des enregistrements de conversations révèlent que les deux parties ont discuté des concessions potentielles que l’Ukraine pourrait faire pour parvenir à un accord.
Des révélations récentes mettent en lumière des tentatives discrètes de négociation entre des émissaires de Donald Trump et des responsables du Kremlin concernant l’avenir de l’Ukraine. Selon des enregistrements de conversations examinés par Bloomberg, Steve Witkoff, un envoyé spécial de l’ancien président américain, aurait contacté Yuri Ouchakov, le principal conseiller en politique étrangère de Vladimir Poutine, le 14 octobre dernier. L’objet de cet appel était de proposer une collaboration sur un plan de paix pour l’Ukraine, en s’inspirant du modèle de l’accord de cessez-le-feu récemment conclu à Gaza.
Witkoff aurait conseillé à Ouchakov de soumettre ce plan à Trump, suggérant même d’organiser un appel téléphonique entre les deux dirigeants avant la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche. Il a également évoqué la possibilité d’utiliser l’accord de Gaza comme point de départ pour les discussions.
« Nous avons élaboré un plan Trump en 20 points qui représentait 20 points pour la paix et je pense que nous ferons peut-être la même chose avec vous »,
Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump
Interrogé sur cet appel, Donald Trump a déclaré qu’il n’avait pas examiné les détails, mais qu’il le considérait comme une « négociation standard ». Il a ajouté que, selon lui, l’Ukraine devrait être prête à faire des concessions à la Russie pour parvenir à un accord.
« Il doit vendre cela à l’Ukraine. Il va vendre l’Ukraine à la Russie. C’est ce que fait un négociateur. Vous devez dire : écoutez, ils veulent ceci, vous devez les en convaincre. J’imagine qu’il dit la même chose à l’Ukraine, car chaque partie doit donner et recevoir. »
Donald Trump, ancien président américain
Le Kremlin n’a pas immédiatement réagi à ces informations. Ces conversations offrent un aperçu inédit des tactiques employées par Witkoff pour tenter de négocier avec la Russie et semblent révéler les origines du plan de paix en 28 points qui a émergé début novembre – un plan que les États-Unis ont encouragé l’Ukraine à accepter comme base de négociations.
Vladimir Poutine a d’ailleurs déclaré qu’il considérait ce plan américain comme une base potentielle pour un accord de paix, bien qu’il ait précisé qu’il n’avait pas encore été discuté en détail avec les États-Unis. Il a cependant confirmé avoir reçu une copie du document.
Trump a affirmé qu’il avait demandé à Witkoff de rencontrer Poutine afin de finaliser un plan de paix. Suite à cet appel, Witkoff aurait rencontré Kirill Dmitriev, un autre conseiller clé du Kremlin, à Miami, selon une interview accordée à Axios.
Des échanges ultérieurs entre Dmitriev et Ouchakov, également enregistrés, révèlent une discussion sur la manière dont Moscou devrait présenter ses exigences dans toute proposition de paix. Ouchakov aurait plaidé pour demander « le maximum » à la Maison Blanche, craignant que les États-Unis n’interprètent mal une proposition plus modérée.
Selon les conditions initiales proposées par les États-Unis, l’Ukraine devrait retirer ses troupes de certaines parties de la région du Donbass, qui seraient transformées en zone tampon neutre internationalement reconnue comme russe. La Russie obtiendrait également une reconnaissance de facto de ses revendications sur la Crimée, Louhansk et Donetsk. La ligne de front actuelle, notamment à Kherson et Zaporizhzhia, serait en grande partie figée. L’Ukraine et ses alliés européens privilégient un cessez-le-feu basé sur les lignes actuelles.
Witkoff aurait assuré à Ouchakov que Trump lui accorderait une grande latitude pour parvenir à un accord.
« Le président me donnera beaucoup d’espace et de discrétion pour parvenir à un accord. Donc, si nous pouvons créer cette opportunité après cela, je parlerai à Yuri et nous aurons une conversation, je pense que cela pourrait conduire à de grandes choses. »
Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump
Ouchakov a répondu positivement, estimant que la proposition était « intéressante ».
Trump et Poutine ont effectivement eu une conversation téléphonique deux jours plus tard, à l’initiative de la Russie, que le président américain a qualifiée de « très productive ». Il a ensuite annoncé son intention de rencontrer le dirigeant russe à Budapest, une rencontre qui n’a pas encore eu lieu, et a également mentionné que Poutine l’avait félicité pour l’accord sur Gaza.
À lire aussi
