Publié le 30 avril 2025. L’utilisation de la mélatonine, une hormone régulatrice du sommeil, est en forte hausse chez les enfants et les adolescents, suscitant des inquiétudes quant à sa sécurité et à son efficacité, notamment en raison d’un manque de réglementation et de variations importantes dans la composition des produits disponibles.
- Une étude récente révèle une augmentation significative de la consommation de mélatonine chez les enfants, en particulier dans les pays où elle est vendue sans ordonnance.
- Si la mélatonine peut être bénéfique à court terme pour certains troubles neurodéveloppementaux, les données concernant les enfants au développement typique sont limitées et les effets à long terme restent largement inconnus.
- Des analyses de produits commerciaux montrent des écarts importants entre la dose indiquée et la dose réelle de mélatonine, ainsi que la présence de substances inattendues, augmentant les risques pour la santé.
Les troubles du sommeil sont de plus en plus fréquents chez les jeunes, impactant leur développement émotionnel et cognitif, ainsi que leur bien-être général. Face à cette problématique, de nombreux parents se tournent vers la mélatonine, perçue comme une solution simple et naturelle. Cependant, cette hormone, qui influence non seulement le cycle veille-sommeil mais aussi les systèmes immunitaire, métabolique et reproducteur, ne doit pas être considérée comme une panacée.
Une revue narrative, publiée dans le Journal mondial de pédiatrie par des chercheurs du Boston Children’s Hospital, met en lumière l’augmentation de l’utilisation de la mélatonine chez les enfants à l’échelle mondiale. L’étude synthétise les données disponibles sur son efficacité, sa sécurité et les schémas d’utilisation réels. Elle souligne un décalage préoccupant entre une consommation croissante et un manque de données à long terme, soulevant des questions sur une utilisation potentiellement inappropriée et l’absence de contrôle qualité adéquat des suppléments.
Les recherches actuelles indiquent que la mélatonine peut être efficace à court terme pour améliorer le sommeil des enfants atteints de troubles neurodéveloppementaux tels que l’autisme ou le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Elle peut aider à réduire le temps d’endormissement, à augmenter la durée totale du sommeil et à améliorer la qualité de vie des familles. Cependant, les preuves concernant les enfants dont le développement est typique sont plus rares et moins concluantes. La plupart des études se concentrent sur des enfants plus âgés ou des adolescents, ce qui limite la généralisation des résultats aux plus jeunes.
L’étude met également en garde contre les risques liés à la qualité variable des produits disponibles sur le marché. Des analyses ont révélé que certains suppléments de mélatonine contiennent des doses significativement différentes de celles indiquées sur l’étiquette, voire des substances non déclarées, comme la sérotonine. De plus, les centres antipoison signalent une augmentation des cas d’ingestion accidentelle de mélatonine chez les jeunes enfants, souvent due à des formulations sous forme de gommes et à un stockage inapproprié. Ces éléments suggèrent que les risques réels liés à l’utilisation de la mélatonine pourraient être sous-estimés.
Selon les auteurs de la revue, la mélatonine ne doit pas être considérée comme une solution rapide et sans danger aux problèmes de sommeil chez l’enfant. Elle peut avoir un rôle à jouer dans des cas spécifiques, sous surveillance médicale, mais ne doit jamais remplacer une évaluation approfondie des troubles du sommeil ou des interventions comportementales. Les professionnels de santé et les parents doivent considérer la mélatonine comme une hormone biologiquement active, et non comme un simple complément alimentaire. Sans données plus solides et une réglementation plus stricte, une utilisation systématique ou non supervisée pourrait exposer les enfants à des risques inutiles et détourner l’attention des approches non pharmacologiques éprouvées pour favoriser un sommeil sain.
Les résultats de cette étude ont des implications importantes pour les pratiques pédiatriques, les politiques de santé publique et la formation des soignants. Les interventions comportementales, telles que des routines de coucher régulières, une réduction de l’exposition aux écrans et des attentes adaptées à l’âge, devraient rester la première ligne de traitement de l’insomnie infantile. Lorsque la mélatonine est envisagée, elle doit être utilisée à la dose efficace la plus faible, pendant la durée la plus courte possible et uniquement sous contrôle médical. Un renforcement de la réglementation des produits pédiatriques à base de mélatonine, des normes d’étiquetage plus claires et des études cliniques à long terme sont également nécessaires pour garantir la sécurité et l’efficacité de ces produits.
Source:
Référence du journal :
Owens, J. (2025). Utilisation de la mélatonine dans la population pédiatrique : une préoccupation mondiale en évolution. Journal mondial de pédiatrie. doi: 10.1007/s12519-025-00896-5.
