Publié le 28 octobre 2025 19:32:00. Une vaste opération de la Garde civile a démantelé un réseau criminel spécialisé dans le trafic de migrants du Maroc vers l’Espagne, via Ceuta, exposant les dangers et les méthodes employées par ces filières.
- Onze personnes ont été arrêtées dans le cadre de cette enquête, à Ceuta, Algésiras et Coín.
- L’organisation proposait un « forfait » incluant deux traversées maritimes, souvent dangereuses, pour un prix élevé.
- Ceuta est confrontée à une pression migratoire croissante, tant par voie maritime que terrestre, saturant ses infrastructures d’accueil.
La Garde civile a interpellé onze individus soupçonnés de faire partie d’un réseau criminel organisé qui facilitait l’immigration irrégulière depuis le Maroc vers l’Espagne. Les arrestations ont eu lieu dans trois villes différentes : cinq à Ceuta, quatre à Algésiras (Cadix) et deux à Coín (Málaga). Deux autres personnes sont également sous enquête, sans avoir été placées en garde à vue.
Selon les sources proches de l’enquête, l’organisation démantelée était l’une des plus actives de la région. Elle offrait aux migrants un « pass complet » comprenant deux voyages en bateau : une première traversée du Maroc vers Ceuta, effectuée sur divers types d’embarcations, y compris des navires de pêche, et une seconde, plus risquée, vers la péninsule ibérique à bord de bateaux de plaisance. Les migrants payaient ainsi pour un voyage périlleux, les trafiquants privilégiant leur propre fuite en cas de problème plutôt que la sécurité des passagers, soulignent les forces de l’ordre.

Les opérations de la Garde civile, menées dans différents quartiers de Ceuta, une ville de 83 000 habitants s’étendant sur 19 kilomètres carrés, ont été largement couvertes par les médias locaux. Au moins une douzaine d’agents du Groupe d’action rapide (GAR), spécialisés dans les interventions à haut risque, ainsi que des équipes cynophiles du Service cynologique de la Garde civile, ont participé aux recherches, utilisant des chiens pour détecter la présence de drogues, d’explosifs ou d’armes.
L’organisation criminelle dissimulait les migrants en situation irrégulière dans des habitations servant de points de transit avant de les embarquer à bord de bateaux de plaisance en direction de la péninsule. Une fois arrivés sur le continent, d’autres membres du réseau prenaient le relais pour les transporter vers différentes destinations en Andalousie.
Ceuta est confrontée à une pression migratoire importante, notamment en raison des arrivées par voie maritime, avec des migrants qui tentent de rejoindre l’Espagne à la nage depuis le Maroc. Les statistiques officielles font état de 4 arrivées irrégulières par voie maritime depuis le début de l’année 2025 jusqu’au 15 octobre, contre 23 l’année précédente. Par voie terrestre – incluant les traversées à la nage ou le franchissement de la clôture – le nombre de personnes entrées irrégulièrement s’élève à 2 890, soit une augmentation de 33 % par rapport à 2024. Cette hausse, constatée par le ministère de l’Intérieur, a conduit à une saturation du Centre d’accueil temporaire pour migrants (CETI), qui héberge près de 1 000 personnes, malgré des opérations régulières de transfert vers d’autres centres.
La municipalité de Ceuta, responsable de la protection des mineurs migrants, a demandé fin août l’application de la procédure de contingence migratoire afin de pouvoir relocaliser ces jeunes dans d’autres communautés autonomes. Le système d’accueil est dépassé de 1 800 %, accueillant 500 enfants et adolescents migrants avec des ressources initialement prévues pour seulement 27 places.
Depuis le début de l’année 2025, 39 personnes ont perdu la vie dans les eaux de Ceuta en tentant de rejoindre le territoire espagnol.
