Publié le 24 décembre 2025 à 12h01. Une héritière fortunée, bénéficiant de prestations sociales depuis plus de 15 ans, a vu ses allocations citoyennes annulées par la justice allemande en raison d’un patrimoine conséquent hérité, ouvrant la voie à une nouvelle interprétation des droits des héritiers et des obligations envers les services sociaux.
- Le tribunal social du Land de Bade-Wurtemberg a confirmé l’annulation des allocations citoyennes d’une femme disposant d’un héritage supérieur à 1,2 million d’euros.
- La justice a estimé que la cohéritière avait les moyens de subvenir à ses besoins grâce à son patrimoine, malgré les difficultés invoquées pour rénover et vendre des biens immobiliers.
- Cette décision pourrait mettre fin aux blocages fréquents dans les communautés d’héritiers, où certains membres retardent la vente de biens pour continuer à percevoir des aides sociales.
Une femme résidant en Bade-Wurtemberg percevait des prestations citoyennes depuis plus de quinze ans. En 2019, elle a hérité, avec sa sœur, de plusieurs propriétés situées à Stuttgart et d’un portefeuille de titres financiers d’une valeur totale dépassant 1,2 million d’euros. L’héritière a ensuite contracté des emprunts pour financer des travaux de rénovation sur les appartements, dans l’intention de les vendre ou de les louer ultérieurement.
Malgré cette situation, elle a continué à solliciter l’allocation citoyenne, arguant que les appartements ne pouvaient être ni vendus ni loués tant que les travaux de rénovation n’étaient pas achevés. Elle a également souligné que la communauté des héritiers n’était pas encore dissoute, ce qui l’empêchait de disposer seule des biens.
L’agence pour l’emploi a rejeté cet argument, refusant de maintenir le versement des prestations sociales. L’héritière a alors saisi le tribunal social de Stuttgart, mais sa demande a été rejetée. Les juges stuttgartois ont considéré qu’elle n’avait pas besoin d’aide financière, étant en mesure de couvrir ses dépenses courantes grâce à son propre patrimoine. Ils ont même estimé qu’une personne disposant d’une telle richesse serait généralement perçue comme « extrêmement aisée » au sein de la population.
L’argument de l’héritière, selon lequel elle ne pouvait pas disposer des appartements en raison de la présence de cohéritiers et que leur utilisation était impossible sans rénovation, n’a pas convaincu les magistrats. Elle a ensuite fait appel auprès du tribunal social du Land de Bade-Wurtemberg, mais ce dernier a confirmé intégralement la décision du tribunal de Stuttgart, jugeant également que les actifs étaient utilisables.
Selon la justice, aucun obstacle juridique ne s’oppose à l’exploitation de ces biens. Les appartements sont considérés comme utilisables et susceptibles de trouver preneur dans un avenir proche, étant donné la demande sur le marché immobilier. Leur exploitation permettrait à l’héritière de générer des revenus et de subvenir à ses besoins.
Cette affaire a des implications importantes, notamment pour les communautés d’héritiers. Jusqu’à présent, il était difficile de s’opposer aux cohéritiers qui refusaient de vendre rapidement les biens hérités afin de continuer à bénéficier d’aides sociales. Ces derniers vivaient souvent dans les propriétés appartenant à la communauté d’héritiers, en payant un loyer minime ou inexistant, et s’opposaient à toute tentative de vente de la part des autres cohéritiers. Les services sociaux se retrouvaient alors contraints de verser des prestations jusqu’à ce que la communauté d’héritiers ait liquidé les biens et distribué l’argent aux héritiers.
Le tribunal social du Land de Bade-Wurtemberg a mis fin à cette situation. Désormais, tout héritier doit informer immédiatement et intégralement les services sociaux de l’existence d’une succession. Si la valeur de l’héritage dépasse le seuil de protection du patrimoine de 40 000 euros et que l’héritier est en mesure de subvenir à ses besoins grâce à cet héritage, les autorités doivent suspendre le versement des prestations sociales.
« Cette décision est très encourageante pour les membres des communautés d’héritiers, car elle permet de débloquer des situations d’impasse où certains cohéritiers prolongent artificiellement le partage et l’exploitation des biens hérités dans le but de continuer à percevoir des aides sociales », a déclaré Manfred Gabler, directeur général de la société ErbTeilung GmbH de Weilheim.
M. Gabler estime que cette pratique devrait désormais prendre fin grâce à la décision du tribunal social du Land, car elle augmente la pression sur ceux qui la pratiquent pour qu’ils agissent enfin.
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