Publié le 2 novembre 2023. Les cégeps de région québécoises sont confrontés à une baisse alarmante du nombre d’étudiants internationaux, une situation qui menace la viabilité de certains programmes et soulève des inquiétudes quant à l’avenir démographique de ces régions.
- Le Cégep de Matane a enregistré une chute de près de 50 % des demandes d’admission en provenance de l’étranger.
- La suspension du Programme de l’expérience québécoise et les quotas imposés par le gouvernement Legault sont pointés du doigt.
- La mauvaise publicité entourant les études au Québec aggrave la situation, selon les regroupements de cégeps.
La diminution du nombre d’étudiants internationaux frappe de plein fouet les cégeps situés en dehors des grands centres urbains. Au Cégep de Matane, les demandes d’admission de l’étranger ont chuté de près de 50 % par rapport à l’année précédente. Conséquence directe, le nombre total d’inscriptions est en baisse. L’établissement accueille désormais 181 étudiants internationaux cet automne, alors qu’il en comptait plus de 300 avant la pandémie de COVID-19.
« Les impacts sont importants », a affirmé Martin Demers, directeur général du Cégep de Matane. Certains programmes, en particulier ceux qui comptent déjà peu d’inscriptions, sont directement menacés. C’est notamment le cas des formations en photographie et en tourisme. « Pour l’instant, on maintient les programmes, mais c’est clair que ça nous préoccupe », a-t-il ajouté.
Selon M. Demers, la suspension du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), une mesure décidée par le gouvernement Legault, « affecte directement » le recrutement à l’international. De même, les quotas de Certificat d’acceptation du Québec pour études (CAQ), récemment instaurés, limitent la capacité des cégeps à attirer des étudiants étrangers. Les délais de traitement des demandes à Ottawa contribuent également à la difficulté.
La situation est similaire sur la Côte-Nord, au Cégep de Sept-Îles. « On était sur une belle lancée, mais les restrictions viennent nous ralentir », a déclaré David Beaudin, directeur général de l’établissement. Il a précisé que certains étudiants, découragés par les obstacles administratifs, ont même renoncé à leurs démarches et se sont tournés vers d’autres destinations.
Les programmes en informatique et en technologie minérale, qui comptent habituellement 50 % d’étudiants internationaux, sont particulièrement vulnérables. « Si ça continue à baisser, ça va avoir des effets dramatiques éventuellement », a mis en garde M. Beaudin, qui s’inquiète des conséquences économiques pour sa région. Il a souligné que la Côte-Nord est l’une des rares régions du Québec à connaître une baisse démographique et que les étudiants internationaux sont essentiels pour pourvoir des emplois importants.
Sylvain Gaudreault, président du Regroupement des cégeps de régions et directeur général du Cégep de Jonquière, déplore une situation qui varie d’un collège à l’autre, mais qui reste préoccupante. Il a insisté sur le rôle crucial des étudiants internationaux pour relever les défis démographiques des régions. « Ça fait au moins 25 ans qu’on dit au Québec qu’il faut régionaliser l’immigration, je pense que la meilleure façon d’intégrer les immigrants dans les régions, c’est par l’enseignement supérieur », a-t-il affirmé.
Le Regroupement dénonce également la « mauvaise publicité » entourant les études au Québec, qu’il estime plus dommageable que les restrictions actuelles. « Il y a un discours très négatif qui nuit au recrutement », a déploré M. Gaudreault, faisant référence à certaines déclarations du gouvernement Legault en matière d’immigration.
Enfin, le Regroupement réclame une meilleure coordination entre les gouvernements fédéral et provincial afin de simplifier les procédures administratives, qu’il qualifie de « labyrinthe kafkaïen » pour les étudiants étrangers.
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