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Utilisation de la rifaximine liée à une résistance antimicrobienne plus élevée

by Sophie Martin

Publié le 13 décembre 2025 16:04:00. Une vaste étude internationale remet en question l’innocuité de la rifaximine, un antibiotique couramment prescrit pour prévenir les complications de la cirrhose, en établissant un lien avec une augmentation significative des infections résistantes aux antibiotiques.

  • L’utilisation de la rifaximine est associée à un risque accru de résistance aux antimicrobiens (RAM) chez les patients atteints de cirrhose et d’encéphalopathie hépatique (EH).
  • Le risque d’infections dues à des organismes résistants, notamment à la vancomycine et à des bactéries multirésistantes, est particulièrement élevé chez les patients traités par rifaximine.
  • L’exposition antérieure à d’autres antibiotiques aggrave le risque de développement de résistance lié à la rifaximine.

Longtemps considérée comme une option thérapeutique sûre en raison de sa faible absorption systémique, la rifaximine est largement utilisée pour prévenir les récidives d’encéphalopathie hépatique, une complication neurologique grave de la cirrhose. Cependant, face à la crise mondiale de la résistance aux antimicrobiens et à de nouvelles données scientifiques, cette perception est désormais remise en question.

Cette étude de cohorte rétrospective, menée dans plusieurs pays, a analysé les données de patients atteints de cirrhose et d’EH. Les chercheurs ont évalué si l’utilisation de rifaximine était associée à une augmentation de la résistance aux antimicrobiens au cours d’une période de suivi d’un an. Après une analyse statistique rigoureuse prenant en compte 78 variables, ils ont constaté que les utilisateurs de rifaximine présentaient un risque de résistance aux antimicrobiens multiplié par deux (rapport de risque de 1,89 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,49-2,40).

Les résultats sont particulièrement préoccupants concernant la résistance à la vancomycine (rapport de risque de 2,52 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,64-3,88) et les infections dues à des bactéries multirésistantes (rapport de risque de 2,31 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,38-3,85). Au-delà de la résistance microbiologique, l’étude a également mis en évidence une corrélation entre l’utilisation de rifaximine et une augmentation des complications cliniques graves, telles que le sepsis, la péritonite bactérienne spontanée et le recours à des antibiotiques de dernier recours, tous indicateurs d’une infection sévère et d’un pronostic défavorable chez les patients cirrhotiques.

L’étude souligne également un effet cumulatif : les patients ayant déjà été exposés à d’autres antibiotiques avant de commencer la rifaximine présentent un risque encore plus élevé de développer une résistance. Cela suggère que l’utilisation répétée d’antibiotiques, même ceux à faible absorption, peut exercer une pression sélective favorisant l’émergence d’organismes résistants.

Ces découvertes remettent en question la réputation de la rifaximine comme traitement à faible risque et confirment les recherches récentes suggérant une résistance croisée entre la rifaximine et d’autres antibiotiques essentiels. Les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité d’une prescription plus prudente de la rifaximine, d’une surveillance microbiologique renforcée et de recherches prospectives supplémentaires pour trouver un équilibre entre la prévention de l’encéphalopathie hépatique et la lutte contre la résistance aux antimicrobiens à l’échelle mondiale.

Référence

Kuo CH et coll. Increased risk of antimicrobial resistance in patients with cirrhosis and hepatic encephalopathy using rifaximin. Nat Commun. 2025 ; 10.1038/s41467-025-67326-y

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