Publié le 22 novembre 2025 08h00:00. Des chercheurs ont mis au point un nouveau capteur biologique permettant d’observer en temps réel le processus de réparation de l’ADN dans les cellules vivantes, ouvrant ainsi des perspectives inédites pour la recherche en oncologie et dans l’étude du vieillissement.
- Un capteur fluorescent permet de visualiser la réparation de l’ADN en direct, sans perturber les cellules.
- L’outil a été testé avec succès sur des cultures cellulaires et sur l’organisme C. elegans.
- Cette technologie pourrait améliorer le développement de traitements contre le cancer et la compréhension des effets du vieillissement.
La réparation de l’ADN est un processus fondamental pour la santé de l’organisme. L’ADN, notre matériel génétique, est constamment exposé à des agressions diverses – rayons ultraviolets, produits chimiques, ou encore processus naturels internes – qui peuvent endommager sa structure. Les cellules disposent de mécanismes complexes pour corriger ces lésions, mais lorsque ces mécanismes échouent, des mutations peuvent survenir, conduisant à des maladies graves comme le cancer ou des troubles liés au vieillissement.
Jusqu’à présent, l’étude de ces mécanismes de réparation était complexe. Les techniques existantes nécessitaient généralement de détruire les cellules pour les analyser, ce qui ne permettait pas de suivre le processus en temps réel et de comprendre sa dynamique. Une équipe de chercheurs de l’Université d’Utrecht a développé une nouvelle approche, publiée jeudi dans la revue Communications Naturales, qui change la donne.
Leur innovation repose sur un capteur fluorescent basé sur un domaine protéique naturel. Ce capteur a la particularité de se lier de manière réversible aux signaux qui apparaissent sur l’ADN lorsqu’il est endommagé. Contrairement aux anticorps traditionnellement utilisés en laboratoire, qui peuvent interférer avec le processus de réparation en se fixant trop fortement, ce nouveau capteur se lie et se détache spontanément, permettant une observation non intrusive.
Grâce à ce capteur, les chercheurs peuvent désormais filmer en temps réel les différentes étapes de la réparation de l’ADN : l’apparition d’une cassure, la mobilisation des protéines de réparation, et la durée nécessaire pour que les dommages soient complètement résolus. Dans les cellules, le signal du capteur se manifeste par des points verts brillants qui indiquent les zones d’ADN endommagé. Une vidéo illustrant ce processus est disponible ici.
L’efficacité de l’outil a été démontrée non seulement sur des cultures cellulaires, mais également sur un organisme vivant, le ver nématode C. elegans. Les chercheurs ont pu observer avec précision les périodes pendant lesquelles l’organisme produit des cassures programmées de l’ADN au cours de son développement, confirmant ainsi la polyvalence du capteur et sa capacité à étudier les processus génétiques à l’échelle d’un organisme entier.
Un autre avantage majeur de cette technologie est sa flexibilité. Le domaine protéique utilisé peut être combiné avec d’autres molécules, permettant de cartographier les régions du génome où se produisent les dommages à l’ADN, ou encore d’identifier les protéines qui se concentrent autour d’un site endommagé. Il est également possible de suivre l’influence de la position d’une lésion dans le noyau sur l’efficacité de la réparation.
Bien que ce capteur ne soit pas un outil thérapeutique en soi, son potentiel pour la recherche médicale est considérable. De nombreux traitements contre le cancer agissent en induisant des dommages à l’ADN dans les cellules tumorales. Une quantification précise de ces dommages est donc essentielle pour le développement de nouveaux médicaments, et ce nouvel outil pourrait simplifier et améliorer ces analyses.
À l’avenir, cette technologie pourrait également être utilisée pour étudier les effets du vieillissement, de l’exposition aux radiations ou des mutagènes environnementaux – des facteurs qui peuvent altérer la structure et les fonctions du matériel génétique. Les chercheurs ont déjà mis le capteur à la disposition de la communauté scientifique afin de faciliter son utilisation dans les laboratoires du monde entier, soulignant sa simplicité et sa précision comme atouts majeurs pour l’étude de l’intégrité génétique des cellules.