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Violences faites aux femmes : les médecins de famille en première ligne pour intercepter les signaux invisibles

En Italie, la violence conjugale reste une tragédie silencieuse : une femme est tuée tous les trois jours. Les médecins généralistes, en première ligne de soins, sont désormais appelés à jouer un rôle crucial dans la détection précoce…

Violences faites aux femmes : les médecins de famille en première ligne pour intercepter les signaux invisibles

En Italie, la violence conjugale reste une tragédie silencieuse : une femme est tuée tous les trois jours. Les médecins généralistes, en première ligne de soins, sont désormais appelés à jouer un rôle crucial dans la détection précoce de ces situations, souvent invisibles, avant qu’elles ne dégénèrent.

À l’occasion du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, la Société italienne des médecins généralistes et médecins de premier recours (SIMG) attire l’attention sur le rôle essentiel des médecins de famille. Ces professionnels de santé sont en effet souvent les premiers à observer des signaux d’alerte, parfois subtils, qui échappent aux regards extérieurs.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère la violence envers les femmes comme un problème de santé publique majeur, aux conséquences immédiates et durables. Le médecin généraliste, grâce à sa proximité avec les patients et à sa connaissance de leur environnement familial, est particulièrement bien placé pour identifier non seulement les violences physiques, mais aussi les formes de contrôle économique, de manipulation psychologique, ou encore les pressions sur la santé reproductive, telles que des complications à répétition, un faible poids de naissance ou des grossesses précoces.

« Les médecins de famille ne se contentent pas de traiter les symptômes, ils écoutent les histoires », souligne Camilla Mandatori, médecin généraliste à Aoste et membre de la SIMG. « La relation de confiance qui se construit au fil des années permet souvent de percevoir ce qui n’est pas dit. Les signes de violence sont souvent discrets : une patiente systématiquement accompagnée par son partenaire qui prend la parole à sa place, un regard fuyant, des réponses hésitantes, une attitude empreinte d’insécurité ou de peur. »

Outre ces signaux relationnels, des indices cliniques peuvent également alerter les médecins : ecchymoses ou fractures expliquées de manière incohérente, hématomes à différents stades de guérison, troubles récurrents tels que maux de tête, douleurs abdominales, vertiges ou sensation d’étouffement, sans cause organique apparente. L’insomnie, l’abus de médicaments psychotropes, la dépression ou un changement d’humeur peuvent également être des indicateurs à prendre en compte. « Un seul élément ne suffit pas à poser un diagnostic, mais l’ensemble des signaux doit susciter une suspicion, qui peut changer le cours de la vie d’une femme », précise Mandatori.

« Les médecins généralistes doivent apprendre à poser les bonnes questions, avec compétence et prudence, afin de faire émerger des situations restées silencieuses pendant des années », explique Alessandro Rossi, président de la SIMG. Il souligne également que la proportion croissante de femmes dans la profession – plus de 50 % des médecins italiens et environ 40 % des médecins généralistes – contribue à créer un climat de confiance propice à la confidence. Il est également essentiel de collaborer avec les centres d’aide aux victimes, les services de conseil et les services sociaux.

« La violence contre les femmes reste un phénomène largement caché, et le médecin de famille est l’un des rares professionnels à pouvoir en déceler les signes avant-coureurs, avant qu’il ne soit trop tard », insiste Rossi. « Nous devons considérer notre cabinet comme un espace sûr où les femmes peuvent être écoutées et accompagnées vers une protection adéquate. »

Cette problématique sera au cœur du 42e congrès national de la SIMG, qui se tiendra à Florence, à la Fortezza da Basso, du 27 au 29 novembre. Plus de 4 000 médecins généralistes sont attendus pour des sessions scientifiques, des échanges avec les institutions et les associations de patients (AMICI, APMARR et APIC), ainsi que des ateliers de simulation de haute technologie.

L’actrice Maria Grazia Cucinotta, présidente de l’association à but non lucratif Vite Senza Fear, engagée depuis des années dans la lutte contre la violence, a souligné l’importance du rôle des médecins : « Le médecin de famille peut identifier immédiatement un épisode de violence. Les femmes doivent oser en parler, et le cabinet du médecin généraliste est un endroit où elles peuvent se sentir en sécurité. »

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À propos de l’auteur: Sophie Martin

Sophie Martin suit les sujets de santé, de prévention, de recherche médicale et de politiques publiques. Ses articles rappellent les limites de l’information générale et encouragent la consultation de professionnels qualifiés.