Publié le 7 janvier 2026 20:05:00. À la veille d’une course automobile à La Havane en 1958, le quintuple champion du monde de Formule 1, Juan Manuel Fangio, a été enlevé par des révolutionnaires castristes, dans un acte audacieux visant à discréditer le régime de Batista.
- Juan Manuel Fangio, pilote de F1 légendaire, a été kidnappé à La Havane en février 1958 par le Mouvement du 26 Juillet.
- L’enlèvement visait à perturber le Grand Prix de Cuba et à dénoncer la dictature de Fulgencio Batista.
- Fangio a été relâché après 27 heures, affirmant avoir été traité avec respect par ses ravisseurs.
Le 23 février 1958, La Havane s’apprêtait à accueillir le Grand Prix de Cuba, une compétition organisée par le général Fulgencio Batista, alors au pouvoir. L’événement, bien que n’entrant pas dans le calendrier du championnat du monde de Formule 1, attirait les meilleurs pilotes, attirés par les 7 000 $ de participation et la prime de 18 000 $ promise au vainqueur (soit environ 160 000 $ et 325 000 $ actuels). Juan Manuel Fangio, âgé de 47 ans et quintuple champion du monde, était le grand favori, malgré son annonce de ne pas courir pour le titre cette année-là.
L’enlèvement s’est produit à l’hôtel Lincoln, l’un des établissements les plus luxueux de la capitale cubaine. Alors que Fangio discutait avec les membres de son écurie, un jeune homme s’est approché de lui et, après avoir demandé si c’était bien le célèbre pilote, a pointé une arme à feu sur lui. Il a alors déclaré, au nom du Mouvement du 26 Juillet (M26), que Fangio devait l’accompagner. Contre toute attente, le champion argentin a répondu calmement :
« Allons-y ! »
Juan Manuel Fangio
Le M26, dirigé par Fidel Castro, avait mené un premier coup d’éclat en 1953 en attaquant une caserne militaire à Santiago de Cuba. L’enlèvement de Fangio visait à discréditer Batista en tentant d’annuler la course, que les révolutionnaires considéraient comme un gaspillage de fonds publics alors que l’île était confrontée à un chômage massif (près de 500 000 personnes sans emploi). Ils espéraient également utiliser la notoriété du pilote argentin pour attirer l’attention internationale sur le régime de terreur cubain.
Pendant 27 heures, Fangio a été déplacé de planque en planque, recevant même une proposition d’écouter la retransmission du Grand Prix à la radio. La course, finalement interrompue après seulement 13 minutes suite à un grave accident impliquant une Ferrari et causant six morts et une centaine de blessés, a été un désastre. Les ravisseurs, ayant atteint leur objectif, ont finalement libéré Fangio devant l’ambassade d’Argentine, s’excusant pour le désagrément.
Après sa libération, Fangio a déclaré à la presse avoir été traité avec respect et a exprimé une certaine compréhension pour les motivations des révolutionnaires :
« Si les rebelles ont agi pour une bonne cause, alors, en tant qu’Argentin, je l’accepte. »
Juan Manuel Fangio
Il a même ajouté, en référence au chaos de la course :
« Cet événement m’a peut-être sauvé la vie. »
Juan Manuel Fangio
Lire aussi : Échelles, cordes et serruriers : voici le récit insolite de la nuit où Napoléon a fait kidnapper… le pape
Lire aussi : F1. Une Mercedes pilotée par Juan Manuel Fangio vendue plus de 50 millions d’euros, un record