Publié le 3 novembre 2023 10:45:00. L’enquête sur le spectaculaire vol de bijoux au Louvre a connu un nouveau rebondissement avec l’arrestation de cinq personnes supplémentaires, élargissant le réseau de suspects et intensifiant la pression pour retrouver un butin estimé à plus de 100 millions de dollars.
- Cinq nouvelles personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête sur le vol de bijoux au Louvre, portant le nombre total d’arrestations à sept.
- Un suspect a été identifié grâce à des traces ADN, et les autorités élargissent le périmètre de contrôle à Paris et sa banlieue.
- Malgré ces arrestations, le butin, comprenant des pièces de valeur inestimable ayant appartenu à l’impératrice Eugénie et à Napoléon, reste introuvable.
L’enquête sur le vol audacieux de bijoux au musée du Louvre, perpétré le 19 octobre dernier, a franchi une étape importante avec l’arrestation de cinq nouvelles personnes, a annoncé jeudi le procureur de Paris. Ces interpellations portent à sept le nombre total de suspects en garde à vue dans cette affaire qui a secoué le monde du patrimoine.
Selon la procureure Laure Beccuau, qui s’est exprimée à la radio RTL, l’un des suspects arrêtés est soupçonné d’avoir participé activement au raid. « D’autres détenus pourront peut-être nous informer sur le déroulement des événements », a-t-elle précisé. Les autorités ont mis en place une « mobilisation exceptionnelle », avec une centaine d’enquêteurs mobilisés sept jours sur sept, et l’analyse d’environ 150 prélèvements médico-légaux ainsi que de 189 pièces à conviction.
Malgré ces efforts considérables, le butin, estimé à environ 102 millions de dollars (environ 94 millions d’euros), demeure introuvable. Parmi les pièces dérobées figurent un collier de diamants et d’émeraudes offert par Napoléon à l’impératrice Marie-Louise, des bijoux ayant appartenu aux reines Marie-Amélie et Hortense au XIXe siècle, ainsi que le diadème de perles et de diamants de l’impératrice Eugénie. Seule la couronne d’Eugénie a été retrouvée, endommagée mais réparable, après avoir été abandonnée par les voleurs lors de leur fuite.
La procureure a renouvelé son appel aux voleurs, soulignant que « ces bijoux sont désormais bien sûr invendables… Il est encore temps de les rendre ». Les experts mettent en garde contre le risque que l’or soit fondu et les pierres retaillées afin d’effacer toute trace de leur origine.
Les investigations ont permis de reconstituer avec précision la chronologie du crime. Neuf jours avant le vol, les malfaiteurs avaient dérobé une nacelle élévatrice en répondant à une fausse annonce de déménagement sur le site Leboncoin. Le jour du raid, ce même véhicule a été positionné sous la façade fluviale du Louvre. À 9h30, la nacelle s’est élevée jusqu’à la fenêtre de la galerie Apollo. Quatre minutes plus tard, le verre était brisé et les voleurs s’étaient enfuis à bord de deux scooters en direction de l’est parisien. L’arrivée rapide des forces de l’ordre et des agents de sécurité du musée a empêché les voleurs d’incendier la nacelle, préservant ainsi des preuves cruciales.
Les images de vidéosurveillance montrent au moins quatre individus forçant une fenêtre, sectionnant deux vitrines à l’aide d’outils électriques et s’enfuillant sur des scooters. Pour l’heure, les enquêteurs n’ont trouvé aucun élément laissant supposer une complicité interne, mais n’excluent pas l’existence d’un réseau plus vaste.
Ce vol audacieux a mis en lumière de sérieuses lacunes dans la sécurité du Louvre, suscitant un débat national sur la protection du patrimoine français. Le chef de la police de Paris, Patrice Faure, a révélé aux sénateurs que l’alerte initiale n’avait pas été donnée par les systèmes de sécurité du musée, mais par un cycliste qui avait contacté les services d’urgence après avoir aperçu des hommes casqués manœuvrant une nacelle. Il a également admis que les caméras de surveillance, en partie analogiques, étaient vieillissantes et que les corrections apportées aux systèmes étaient lentes. Un programme de modernisation des infrastructures, estimé à 93 millions de dollars (environ 86 millions d’euros), ne sera achevé qu’entre 2029 et 2030, et l’autorisation d’utilisation des caméras du Louvre avait même expiré en juillet.
Interrogé par l’Associated Press, l’ancien braqueur de banque David Desclos a qualifié le braquage de « manuel » et a souligné les vulnérabilités flagrantes de l’aménagement de la galerie Apollo. Le Louvre n’a pas commenté ces observations.
Deux suspects, âgés de 34 et 39 ans et originaires d’Aubervilliers, avaient déjà été mis en examen mercredi pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs après 96 heures de garde à vue. Selon la procureure Beccuau, les deux hommes ont fait des déclarations « minimalistes » et ont « partiellement admis » leur implication. L’un d’eux a été arrêté à l’aéroport Charles-de-Gaulle alors qu’il tentait de prendre un vol à destination de l’Algérie. Son ADN correspond à celui retrouvé sur l’un des scooters utilisés lors de la fuite.
La loi française impose le secret de l’enquête afin de protéger le travail de la police et la vie privée des victimes. Seul le procureur est autorisé à communiquer publiquement, bien que dans les affaires médiatisées, les syndicats de police aient parfois divulgué des informations partielles.
Ce braquage spectaculaire au sein du musée le plus visité au monde a stupéfié la communauté internationale. Quatre hommes, une nacelle élévatrice et un timing précis ont transformé l’éclat doré de la galerie Apollo en une scène de crime – et en un révélateur des faiblesses de la protection du patrimoine français.
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