Home SantéVous pensez que la consommation légère protège votre cerveau? Repérer

Vous pensez que la consommation légère protège votre cerveau? Repérer

by Sophie Martin

Une consommation, même modérée, d’alcool pourrait augmenter le risque de démence, selon la plus vaste étude combinant données observationnelles et génétiques à ce jour. L’étude, menée sur près de 600 000 personnes, remet en question l’idée reçue d’un effet protecteur de l’alcool sur le cerveau.

Les analyses observationnelles ont révélé que les personnes ne buvant pas d’alcool, ainsi que les gros consommateurs (40 boissons ou plus par semaine), présentaient un risque de démence 41 % plus élevé que les buveurs modérés (moins de 7 boissons par semaine). Ce risque pouvait atteindre 51 % chez les personnes dépendantes de l’alcool.

Mais ce sont les résultats de l’analyse génétique, utilisant une technique appelée randomisation mendélienne, qui sont les plus frappants. Ils indiquent que le risque de démence augmente de manière linéaire avec la quantité d’alcool consommée, sans seuil de protection. Une augmentation de la consommation de 1 à 3 boissons par semaine était associée à un risque accru de 15 %, tandis qu’un doublement du risque génétique de dépendance à l’alcool augmentait le risque de démence de 16 %.

Les chercheurs ont analysé les données du US Million Veteran Program (MVP) et de la Biobank UK (UKB), deux vastes bases de données biologiques comprenant des participants d’origines ethniques variées. Les participants, âgés de 56 à 72 ans au début de l’étude, ont été suivis pendant une période moyenne de 4 ans (MVP) à 12 ans (UKB) jusqu’à leur premier diagnostic de démence, leur décès ou la fin de la période de suivi (décembre 2019 pour le MVP et janvier 2022 pour l’UKB).

L’étude a également observé que les personnes qui ont développé une démence avaient tendance à réduire leur consommation d’alcool dans les années précédant leur diagnostic. Cette observation suggère que le déclin cognitif précoce pourrait être la cause de la diminution de la consommation d’alcool, et non l’inverse, remettant ainsi en question les conclusions de certaines études observationnelles antérieures.

« Nos résultats soutiennent l’idée d’un effet néfaste de tous les types de consommation d’alcool sur le risque de démence, sans aucune preuve d’un effet protecteur de la consommation modérée », concluent les auteurs de l’étude. Ils soulignent l’importance de prendre en compte la causalité inverse et les facteurs de confusion potentiels dans les études sur l’alcool et la démence, et suggèrent que la réduction de la consommation d’alcool pourrait être une stratégie importante pour la prévention de la démence.

Les chercheurs reconnaissent que leurs conclusions sont principalement basées sur des données provenant de personnes d’ascendance européenne, ce qui pourrait limiter leur généralisation à d’autres populations. Ils soulignent également que la randomisation mendélienne repose sur des hypothèses qui ne peuvent pas être entièrement vérifiées.

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