Une consommation prolongée de mélatonine pourrait être associée à un risque accru d’insuffisance cardiaque, selon une étude préliminaire présentée à l’American Heart Association. Les personnes souffrant d’insomnie chronique et utilisant ce complément alimentaire pendant plus d’un an présentent un risque significativement plus élevé d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque, voire de décès, par rapport à celles qui n’en consomment pas.
Les résultats de cette recherche, qui seront discutés plus en détail lors de la réunion annuelle de l’AHA à la Nouvelle-Orléans du 7 au 10 novembre, soulèvent des questions importantes sur la sécurité de l’utilisation à long terme de la mélatonine, un somnifère de plus en plus populaire.
L’étude a porté sur 130 828 adultes (âge moyen de 55,7 ans, dont 61,4 % de femmes) diagnostiqués avec une insomnie chronique. Les chercheurs ont comparé deux groupes : ceux ayant pris de la mélatonine pendant au moins un an et un groupe témoin n’ayant jamais utilisé ce supplément. Les données provenaient du TriNetX Global Research Network, une base de données internationale de dossiers médicaux anonymisés.
L’analyse a révélé que les participants du groupe mélatonine avaient un risque d’insuffisance cardiaque sur cinq ans supérieur de près de 90 % à celui du groupe témoin (4,6 % contre 2,7 %). Un résultat similaire a été observé lorsque les chercheurs ont analysé les personnes ayant obtenu au moins deux ordonnances de mélatonine à plus de 90 jours d’intervalle, avec une augmentation du risque de 82 %.
Par ailleurs, les participants prenant de la mélatonine étaient près de 3,5 fois plus susceptibles d’être hospitalisés pour insuffisance cardiaque (19,0 % contre 6,6 %) et près de deux fois plus susceptibles de mourir, quelle qu’en soit la cause, sur une période de cinq ans (7,8 % contre 4,3 %).
« Les suppléments de mélatonine sont largement considérés comme une option sûre et « naturelle » pour favoriser un meilleur sommeil. Il était donc frappant de constater une augmentation aussi constante et significative des problèmes de santé graves, même après avoir pris en compte de nombreux autres facteurs de risque », a déclaré le Dr Ekenedilichukwu Nnadi, auteur principal de l’étude et résident en médecine interne au SUNY Downstate/Kings County Primary Care à Brooklyn, New York.
L’insuffisance cardiaque, qui touche environ 6,7 millions d’adultes aux États-Unis, survient lorsque le cœur ne peut pas pomper suffisamment de sang pour répondre aux besoins de l’organisme.
La mélatonine est une hormone produite par la glande pinéale, qui régule le cycle veille-sommeil. La mélatonine synthétique, chimiquement identique à l’hormone naturelle, est utilisée pour traiter l’insomnie et le décalage horaire. Elle est disponible en vente libre dans de nombreux pays, dont les États-Unis, mais sa composition et son dosage peuvent varier considérablement en raison du manque de réglementation.
« Je suis surprise que les médecins prescrivent de la mélatonine pour le traitement de l’insomnie et demandent à leurs patients de l’utiliser pendant plus de 365 jours, puisque la mélatonine, du moins aux États-Unis, n’est pas indiquée pour le traitement de l’insomnie », a souligné Marie-Pierre St-Onge, professeure de médecine nutritionnelle à l’Université Columbia de New York et présidente du groupe de rédaction de la déclaration scientifique de l’American Heart Association sur la santé du sommeil.
Les chercheurs soulignent que cette étude ne prouve pas un lien de cause à effet direct entre la mélatonine et l’insuffisance cardiaque, et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer pleinement l’impact de ce supplément sur la santé cardiovasculaire. Ils notent également que des facteurs tels que la gravité de l’insomnie et la présence d’autres troubles psychiatriques pourraient influencer les résultats.