Une nouvelle scène comique se dessine à New York, portée par la volonté de Sasha Merci et Glorelys Mora de donner une voix aux artistes d’origine dominicaine. Leur initiative, « Morir Soñando » (mourir en rêvant), s’est rapidement imposée comme un espace de célébration de la culture dominicaine et un tremplin pour les talents émergents.
Le projet est né d’une frustration partagée : le manque de représentation des humoristes dominicains dans un paysage comique souvent dominé par des voix afro-américaines ou blanches. « On se retrouvait à devoir choisir entre s’assimiler ou tracer notre propre chemin », explique Sasha Merci. « Dans le milieu du stand-up, on est souvent catalogués comme étant soit noirs, soit blancs. Mais qu’en est-il de notre identité dominicaine, de notre éducation ? »
« Morir Soñando » a débuté en 2019 avec des spectacles modestes, mais l’enthousiasme du public a rapidement dépassé les attentes. L’année dernière, l’équipe a marqué les esprits en investissant l’United Palace, un lieu emblématique de New York. Fort de ce succès, le collectif prévoit de revenir à l’United Palace le 26 juillet prochain, et ambitionne même d’occuper la salle principale, pouvant accueillir jusqu’à 3 350 spectateurs, pour un spectacle en novembre.
L’aventure n’est pas sans défis. Le financement de ces événements représente une difficulté majeure, les sponsors se montrant souvent réticents à soutenir des initiatives latines. Sasha Merci et Glorelys Mora ont donc dû financer elles-mêmes les premières éditions, un témoignage de leur engagement et de la nécessité d’un soutien accru aux communautés minoritaires dans le domaine artistique.
« On a parfois l’impression d’être émotionnellement constipées », confie Sasha Merci. « Je ne sais pas comment pleurer, mais je sais comment faire une blague à ce sujet. » Pour elle, l’humour est un moyen de dédramatiser les situations difficiles, de créer du lien et de trouver un exutoire aux traumatismes. « Le rire est un médicament enveloppé dans du sucre. Il permet d’aborder des sujets complexes avec légèreté et peut même aider à surmonter des épreuves, comme la perte d’un être cher. »
Sasha Merci se souvient avoir trouvé refuge dans l’humour pendant une enfance marquée par la dépression et le sentiment de solitude. Elle explique que l’humour lui a permis de se sentir moins isolée et de créer du lien avec les autres. Elle souligne également que l’humour peut aider à briser les tabous et à déstigmatiser des sujets sensibles, comme le fait d’être enfant d’une liaison. « Faire des blagues sur le fait d’être née d’une relation extraconjugale me permet de décharger un poids pour ma famille et de montrer aux autres qu’ils ne sont pas seuls. »
L’inspiration de « Morir Soñando » vient d’un besoin profond de se voir représentées sur scène, non pas comme une simple curiosité, mais comme des artistes à part entière. Avec plus de 42 millions d’Américains hispanophones, l’initiative vise à refléter la diversité de la communauté latine et à promouvoir l’utilisation du « Spanglish », ce mélange d’espagnol et d’anglais si typique de la culture américaine.
« Nos spectacles ne sont pas destinés à exclure qui que ce soit, au contraire », précise Sasha Merci. « Nous voulons accueillir tout le monde tout en créant un espace où les talents comme le nôtre peuvent se connecter avec un public qui ne savait peut-être pas que nous existions. »
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