Home MondeXi dicte l’ordre du jour, Trump poursuit : les droits de douane sur le fentanyl se dégonflent

Xi dicte l’ordre du jour, Trump poursuit : les droits de douane sur le fentanyl se dégonflent

by Clara Dubois

À la veille d’une rencontre cruciale en Corée du Sud, l’administration américaine semble prête à assouplir ses droits de douane sur certains produits chinois, dans l’espoir d’obtenir une coopération de Pékin dans la lutte contre le fentanyl. Cette concession, perçue comme un signal de faiblesse, permet à la Chine de renforcer sa position et d’exiger des contreparties économiques et technologiques.

Donald Trump, arrivé en Corée du Sud pour le sommet de l’APEC, a annoncé son intention de réduire les tarifs douaniers liés au fentanyl, une substance responsable de milliers de décès par overdose aux États-Unis. Cette volte-face intervient après des semaines de menaces de sanctions douanières atteignant 100 % sur les importations chinoises. L’objectif affiché est d’exercer une pression sur Xi Jinping pour qu’il s’engage à contrôler les précurseurs chimiques utilisés dans la fabrication de cette drogue.

L’enjeu est simple : un allègement des droits de douane en échange d’un engagement chinois à renforcer le contrôle, la répression et la traçabilité des produits chimiques de base. « Je pense que je vais les réduire parce que je pense qu’ils vont nous aider à résoudre le problème du fentanyl », a déclaré le président américain à bord d’Air Force One, assurant que « la Chine coopérera avec les forces de l’ordre américaines ». Cette décision est davantage une correction politique qu’un revirement technique, la Maison Blanche cherchant à transformer cette concession en une monnaie d’échange pour obtenir une annonce commune lors de la rencontre bilatérale.

Pékin, pour l’instant, reste discret sur ses attentes. Cependant, il pourrait accepter d’inclure davantage de précurseurs chimiques dans ses registres d’audit, de renforcer les contrôles sur les expéditeurs et les plateformes de vente en ligne, et de lancer des enquêtes ciblées sur les entreprises fictives impliquées dans le trafic. En contrepartie, la Chine réclame un allègement des droits de douane sur des produits spécifiques, une sortie de certaines listes noires commerciales et une diminution de la pression exercée sur ses entreprises technologiques.

Cette situation illustre une asymétrie du pouvoir de négociation. Alors que Trump a d’abord brandi la menace de sanctions massives, il adopte désormais une approche plus sélective. Ce message contradictoire, où l’Amérique alterne entre fermeté et sollicitation d’aide, offre à Xi Jinping une marge de manœuvre considérable. Ce dernier, n’étant pas soumis à la pression d’une campagne électorale, peut prendre son temps et exiger des preuves de bonne foi de la part de Washington, notamment une réduction des droits de douane et un assouplissement des sanctions.

Même si un accord sur un renforcement du contrôle des précurseurs chimiques est conclu, le marché du fentanyl restera adaptable. Les trafiquants trouveront probablement de nouvelles routes, modifieront les codes des produits et recycleront les intermédiaires. La répression ne sera efficace que si elle est continue, multilatérale et financière, et ne se limite pas à la chimie. Une réduction des droits de douane pourrait apaiser les tensions, mais ne mettra pas fin au problème sans une coopération bancaire accrue, un partage de données et une action conjointe avec le Mexique et l’Union européenne.

Le choix de la Corée du Sud comme lieu de rencontre n’est pas anodin. Trump en profite pour promouvoir de nouveaux investissements sud-coréens aux États-Unis. En plaçant le dossier chinois au cœur de cette tournée asiatique, il cherche à envoyer un signal fort à la région. Si la réunion se résume à un simple exercice de relations publiques, Xi Jinping aura démontré sa maîtrise stratégique. S’il aboutit à un texte crédible, il aura transformé les hésitations de Washington en avantages concrets.

Pour l’Europe, cette fluctuation dans les relations entre les États-Unis et la Chine se traduit par une volatilité des chaînes d’approvisionnement et des prix dans les secteurs de la chimie, de la pharmacie et de la logistique. Alors que Trump utilise les droits de douane comme un levier, Xi Jinping joue la carte de la patience. Une position européenne autonome, axée sur la traçabilité, les contrôles douaniers et la lutte contre le financement illicite, permettrait d’éviter de subir les conséquences des revirements américains.

En définitive, si une annonce est faite, elle sera probablement présentée comme une avancée majeure. La réalité est plus nuancée : Pékin a le temps, Washington est pressé. Et dans les négociations internationales, c’est souvent celui qui est pressé qui doit payer le prix.

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