Publié le 12 novembre 2025 04:36:00. Pékin et Madrid renforcent leur coopération économique et stratégique, une démarche qui suscite des réactions mitigées au sein de l’Union européenne et des États-Unis, alors que l’Espagne cherche à diversifier ses partenariats face aux enjeux géopolitiques actuels.
- Le président chinois Xi Jinping a proposé au roi d’Espagne Felipe VI un partenariat stratégique global, axé sur la paix, le développement et l’exploration conjointe de nouveaux marchés.
- L’Espagne, confrontée à des tensions commerciales et à des pressions de Washington, s’efforce de consolider ses liens économiques avec la Chine, notamment dans le secteur agricole.
- Cette approche diplomatique et économique, menée par Madrid, intervient dans un contexte de méfiance persistante de l’UE envers Pékin et de volonté chinoise de contourner les frictions commerciales.
Lors d’une rencontre au Grand Palais du Peuple à Pékin, le président Xi Jinping a souligné l’importance d’une collaboration renforcée entre la Chine et l’Espagne, qualifiant leur relation potentielle de “plus stable sur le plan stratégique, plus dynamique et plus influente à l’échelle mondiale”. Il a également évoqué la possibilité pour les entreprises des deux pays d’explorer ensemble des opportunités en Amérique latine, une région où l’Espagne entretient des liens historiques.
Le roi Felipe VI, premier monarque espagnol à effectuer une visite d’État en Chine depuis 18 ans, a répondu en affirmant que l’amitié entre les deux nations “profite sans aucun doute aux deux peuples” et correspond à leur “longue histoire et vocation mondiale”.
« Une relation de confiance s’est nouée »
Felipe VI, roi d’Espagne
Cette initiative espagnole s’inscrit dans un contexte de recherche de diversification des partenariats économiques et diplomatiques. Madrid a récemment dévoilé un nouveau programme de politique étrangère axé sur une plus grande collaboration avec le Japon et la Corée du Sud en matière de sécurité des chaînes d’approvisionnement, ainsi que sur un approfondissement des liens commerciaux avec la Chine.
Cette stratégie n’est pas sans risques. L’Union européenne, dans son ensemble, reste prudente vis-à-vis de Pékin, en raison de son soutien à la Russie, de son modèle industriel basé sur les subventions étatiques et des déséquilibres commerciaux.
Les États-Unis ont exprimé leur inquiétude face à ce rapprochement. En avril dernier, Washington avait comparé la décision de l’Espagne de renforcer ses liens commerciaux avec la Chine à un acte d’autodestruction, suite aux déclarations du ministre espagnol de l’Économie en faveur d’un alignement plus étroit avec Pékin.
La visite du roi Felipe VI a été marquée par la signature de dix accords de coopération dans des domaines variés tels que la sécurité alimentaire, l’enseignement des langues et la collaboration spatiale. Le Premier ministre chinois Li Qiang a également réaffirmé le soutien de son gouvernement aux investissements chinois en Espagne, notamment dans les secteurs du photovoltaïque, de l’hydrogène vert et des batteries électriques.
L’Espagne, premier exportateur européen de produits à base de viande porcine, se trouve dans une position délicate, prise entre les attentes de l’UE et les intérêts chinois. En septembre, la Chine a imposé des droits de douane de 62,4 % sur les produits porcins de l’UE en représailles aux droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois. L’Espagne s’est abstenue de voter sur cette question en octobre 2024 et le Premier ministre Pedro Sanchez a depuis plaidé pour la suppression de ces droits de douane, promouvant son pays comme une destination d’investissement attrayante pour la Chine.
Les échanges commerciaux entre l’Espagne et la Chine sont significatifs : l’Espagne exporte environ 1,2 milliard de dollars de viande et de sous-produits porcins vers la Chine chaque année, représentant environ un cinquième des importations chinoises de porc. En 2024, les importations espagnoles en provenance de Chine se sont élevées à 45 milliards d’euros (52,48 milliards de dollars), tandis que les exportations espagnoles vers la Chine n’ont atteint que 7,5 milliards d’euros, selon l’agence commerciale nationale espagnole ICEX.
Par ailleurs, la Chine a récemment proposé de relancer les négociations sur les investissements avec l’UE, qui étaient au point mort depuis 2021.
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