Publié le 24 février 2024 à 16h32. Face à une nouvelle vague d’attaques russes et à un scandale de corruption majeur, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé une réforme structurelle d’envergure des principales entreprises publiques du secteur de l’énergie, notamment Energoatom.
- Volodymyr Zelensky a lancé une réforme des entreprises publiques énergétiques suite à la révélation d’un système de corruption.
- Deux ministres, celui de la Justice et celui de l’Énergie, ont été limogés dans la foulée de ce scandale.
- L’enquête révèle un détournement présumé de 100 millions de dollars (environ 93 millions d’euros) au sein du secteur énergétique.
L’annonce intervient alors que l’Ukraine est confrontée à des difficultés croissantes en matière d’approvisionnement énergétique, conséquence des récentes frappes russes sur ses infrastructures. Le scandale, qui a éclaté lundi, a mis en lumière un réseau criminel présumé ayant siphonné des fonds publics, suscitant une vive indignation au sein de la population et une pression accrue sur le gouvernement.
Selon le président Zelensky, le processus de rénovation a déjà commencé et se traduira par la formation d’un nouveau conseil de surveillance au sein d’Energoatom dans les prochains jours. D’autres entreprises publiques du secteur, notamment l’opérateur hydroélectrique national et les sociétés chargées de l’extraction et du transport du gaz, seront également concernées par cette réforme. Un audit financier complet sera mené et les organes de direction de ces entités seront renouvelés, avec remplacement des administrateurs et des représentants de l’État.
L’enquête, menée par le Bureau national anti-corruption d’Ukraine (NABU), a mis en évidence un système de corruption sophistiqué qui aurait permis de détourner environ 100 millions de dollars (environ 93 millions d’euros). Cette révélation a conduit au limogeage immédiat des ministres de la Justice et de l’Énergie, dont les noms étaient liés à l’affaire. Zelensky a insisté sur la nécessité d’une réponse « rapide et équitable » à toute irrégularité détectée et a ordonné une communication « constante et constructive » entre le gouvernement et les forces de sécurité.
Au cœur de cette affaire se trouve Tymour Mindich, un homme d’affaires influent, proche du président Zelensky et lié à l’oligarque Ihor Kolomoysky. Selon les enquêteurs, Mindich aurait orchestré un système de corruption consistant à exiger des paiements allant jusqu’à 15 % des contrats en échange de la facilitation des accords et de la levée des obstacles administratifs pour les sous-traitants d’Energoatom. Les fonds détournés auraient transité par des sociétés écrans avant d’être récupérés par Mindich et ses associés.
Mindich, actuellement à l’étranger, risque donc d’être jugé en son absence. Son influence, jusqu’alors discrète, avait considérablement augmenté ces derniers temps, suscitant des interrogations sur les liens entre le pouvoir politique et le monde des affaires. L’enquête, qui a duré 15 mois, a été menée conjointement par le NABU et le Bureau du Procureur Spécialisé Anti-Corruption (SAPO).
L’opposition ukrainienne a réagi vivement à ce scandale. La députée Inna Sovsun a appelé à une enquête « approfondie et sans entrave », tandis que le parti Solidarité européenne de Petro Porochenko a exigé la démission du Conseil des ministres et la formation d’une nouvelle coalition. Les organisations de la société civile et les personnalités publiques ont également exhorté le président Zelensky à renforcer son engagement en faveur de la transparence et à soutenir le travail des entités anti-corruption.
Selon le sociologue Anton Grushetski, directeur de l’Institut international de sociologie de Kiev, la révélation de cette fraude a provoqué une « grande indignation » au sein de la population ukrainienne, déjà fragilisée par les coupures d’électricité récurrentes. Cependant, il estime que les dégâts politiques pour Zelensky pourraient être limités s’il maintient son soutien aux enquêtes et prend des mesures concrètes pour lutter contre la corruption.
Certains analystes estiment que la réaction du gouvernement, en permettant à l’enquête de progresser et en sanctionnant d’anciens associés, témoigne du renforcement de la démocratie en Ukraine, malgré les difficultés liées à la guerre. La détermination de l’opinion publique à résister à l’agression russe reste intacte, même si ce scandale met en lumière les défis persistants en matière d’intégrité publique et de gouvernance.
(Avec informations AFP, AP et EFE)
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