Des directives récemment révisées par le ministère de l’Égalité des genres et de la famille en Corée du Sud suscitent l’inquiétude, car elles excluent désormais les étrangères en situation irrégulière de l’accès à l’aide financière pour les soins médicaux liés aux violences sexuelles. Cette décision, justifiée par des contraintes budgétaires, est dénoncée comme discriminatoire par les associations d’aide aux victimes.
Selon des documents internes du ministère, confirmés par la députée Lim Mi-ae, les « Lignes directrices opérationnelles du projet de promotion des droits des femmes et des enfants 2025 » stipulent désormais que « les résidents illégaux ne sont pas autorisés » à bénéficier d’une aide financière pour les frais médicaux consécutifs à des agressions sexuelles. Jusqu’à présent, l’aide était disponible pour les victimes étrangères, dans le cadre d’un dispositif d’assistance aux victimes d’actes criminels.
Le ministère justifie ce changement par la nécessité de maîtriser les dépenses, soulignant que les frais médicaux pour les victimes étrangères sont généralement quatre à cinq fois plus élevés que pour les victimes sud-coréennes. Un responsable du ministère a déclaré : « Nous avons révisé les lignes directrices parce qu’il y avait une opinion sur le terrain selon laquelle c’était un fardeau en raison de dépenses médicales insuffisantes. » Le budget alloué à l’aide aux victimes de violences sexuelles a même diminué, passant de 2,258 milliards de wons (environ 1,6 million d’euros) en 2023 à 2,18 milliards de wons (environ 1,55 million d’euros) en 2024.
Les conséquences de cette nouvelle politique sont déjà visibles sur le terrain. Le Centre Tournesol de Jeju a récemment été confronté au cas d’une ressortissante chinoise qui suspectait avoir été victime d’une agression sexuelle sous l’effet de drogues. Bien que le centre ait pu lui fournir une contraception d’urgence, l’accès à des soins médicaux et psychologiques plus approfondis s’est avéré difficile en raison de son statut de résidence. Le ministère de l’Égalité des genres a confirmé qu’il ne pouvait pas apporter son soutien financier à cette victime.
Les organisations de défense des droits des femmes craignent que cette restriction ne conduise à une discrimination accrue, notamment envers les enfants immigrés sans papiers victimes de violences sexuelles. Go Eun-bi, directrice adjointe du Centre Tournesol de Jeju, explique : « Il n’est pas facile pour le centre de soutien ou le personnel médical de fournir activement un soutien dans une situation où les immigrants illégaux ne sont pas autorisés. » Elle souligne également que les directives révisées pourraient être interprétées de manière restrictive par les centres d’aide, entraînant une réduction globale du soutien aux victimes.
La députée Lim Mi-ae a dénoncé une situation inacceptable, pointant du doigt les coupes budgétaires opérées par le gouvernement précédent. « Le dernier gouvernement a réduit le budget des services de soutien aux victimes de violences sexuelles, ce qui a créé un angle mort », a-t-elle déclaré. Elle appelle à une restauration du budget et à une révision des directives, insistant sur le fait que « ne pas faire de distinction entre enregistrés et non enregistrés est la mesure minimale de protection des droits de l’homme ». Le nombre de personnes ayant bénéficié d’une aide aux frais médicaux a d’ailleurs diminué, passant de 12 794 en 2022 à 12 339 en 2023 et 11 207 en 2024.