Publié le 30 septembre 2025 à 09h00. L’analyse d’échantillons lunaires rapportés par la mission chinoise Chang’e 6 révèle des différences de température et de composition entre la face visible et la face cachée de la Lune, ouvrant de nouvelles pistes sur l’histoire géologique de notre satellite.
- La face cachée de la Lune est significativement plus froide que la face visible.
- Les roches analysées datent d’environ 2,8 milliards d’années et se sont solidifiées plus rapidement que celles de la face visible.
- Ces différences suggèrent que la structure interne de la Lune est asymétrique.
Des chercheurs de l’University College London (UCL) et de l’Université de Pékin ont publié une étude dans Geoscience of Nature, basée sur des échantillons de roches et de sol prélevés en 2023 par la mission chinoise Chang’e 6 dans un cratère géant situé sur la face cachée de la Lune. L’analyse de ces échantillons révèle que la face cachée de notre satellite présente des caractéristiques distinctes de celles de la face que nous observons depuis la Terre.
L’équipe internationale a déterminé que les fragments rocheux analysés ont environ 2,8 milliards d’années. L’étude chimique de leurs minéraux indique que la lave dont ils sont issus s’est solidifiée à une température d’environ 1 100 °C, soit environ 100 °C plus rapidement que les échantillons prélevés sur la face visible lors des missions Apollo. Cette différence de vitesse de refroidissement suggère une variation de la température interne de la Lune.
« Ces résultats montrent que les différences entre les deux faces ne sont pas seulement superficielles, mais atteignent également l’intérieur de la Lune. »
Xuelin Zhu, Université de Pékin
« La Lune est un corps à deux faces, très différent à la surface et à l’intérieur. Notre étude offre la première preuve, grâce à de véritables échantillons, d’une différence thermique profonde », explique Yang Li, chercheur à l’UCL et à l’Université de Pékin. Ses collègues confirment que cette asymétrie ne se limite pas à la surface, mais s’étend aux profondeurs du satellite.
La face cachée de la Lune se caractérise par un cortex plus épais, un relief plus montagneux et une plus grande densité de cratères. Elle présente également des zones moins sombres composées de basalte. Les chercheurs pensent que la plus faible concentration d’éléments radioactifs, tels que l’uranium, le thorium et le potassium – qui génèrent de la chaleur lors de leur désintégration – pourrait expliquer cette différence de température.
Plusieurs hypothèses sont envisagées pour expliquer cette asymétrie. Parmi elles, un impact cataclysmique qui aurait déplacé des matériaux riches en éléments radioactifs vers la face visible, ou encore la possibilité que la Lune se soit formée par la fusion de deux corps distincts. L’influence gravitationnelle de la Terre, qui stabilise l’hémisphère que nous voyons toujours, est également prise en compte.
L’analyse des 300 grammes d’échantillons lunaires a été réalisée grâce à des techniques avancées, notamment la sonde électronique et la spectrométrie de masse ionique secondaire, permettant de dater et de caractériser précisément leur composition. En comparant ces données avec des simulations informatiques et des observations par satellite, les scientifiques ont mis en évidence des différences de température comprises entre 70 et 100 °C entre les deux faces de la Lune.
Bien que cette étude ne permette pas de déterminer la température actuelle du manteau lunaire, elle suggère que ce déséquilibre thermique pourrait persister depuis des milliards d’années. « Résoudre ce mystère nous permet de mieux comprendre l’histoire géologique de notre satellite et, en fin de compte, son origine violente », concluent les auteurs.
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