Publié le 30 septembre 2025 à 21h34. Une nouvelle étude internationale révèle que des anomalies dans le fonctionnement des cellules immunitaires sont fortement corrélées à un risque accru d’infections graves et de décès chez les patients atteints de maladies critiques, ouvrant la voie à une médecine de précision en soins intensifs.
- Des chercheurs ont identifié des « signatures immunitaires » spécifiques associées à une dérégulation du système immunitaire, permettant de mieux prédire l’évolution des patients.
- Cette dérégulation, qu’elle soit myéloïde ou lymphoïde, est liée à une augmentation significative des infections graves et de la mortalité.
- Les résultats suggèrent que l’adaptation des traitements en fonction de ces signatures immunitaires pourrait améliorer les chances de survie des patients en soins intensifs.
Une étude menée sur plus de 7 000 échantillons sanguins, prélevés auprès de 37 cohortes de patients dans 13 pays, a permis d’identifier des schémas génétiques récurrents, baptisés « signatures immunitaires ». Ces signatures révèlent des états de dérégulation du système immunitaire chez les patients atteints de maladies graves telles que la septicémie, le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) et les traumatismes.
Selon les chercheurs, la dérégulation des cellules immunitaires, qu’elle affecte les cellules myéloïdes ou lymphoïdes, est associée à une issue moins favorable. Une analyse portant sur plus de 2 200 patients a révélé que 51 % des personnes présentant une dérégulation à l’échelle du système ont développé des infections graves, contre seulement 6 % de celles dont le système immunitaire fonctionnait de manière équilibrée.
Ces découvertes soutiennent le développement d’un nouveau cadre d’évaluation de la dérégulation immunitaire humaine (HI-DEF), qui classe les patients en quatre états immunitaires distincts : dérégulation myéloïde, dérégulation lymphoïde, dérégulation à l’échelle du système ou réponse équilibrée. Chaque catégorie correspond à un profil spécifique de l’activité immunitaire, reflétant l’équilibre entre les mécanismes de protection et les processus nuisibles.
Les patients présentant une dérégulation anormale sur l’un ou l’autre axe avaient un risque sept fois plus élevé de nécessiter des soins en unité de soins intensifs (USI) ou de décéder dans les 30 jours, comparativement aux patients affichant une réponse immunitaire équilibrée (rapport de risque, 7,1 ; intervalle de confiance à 95 %, 5,6-8,9 ; P < 2,2 × 10-16). La présence de Hi-Def généralisé dans diverses conditions, notamment la septicémie, le SDRA, les traumatismes et les brûlures, suggère l’existence d’un mécanisme commun sous-jacent aux maladies graves.
L’étude met également en évidence les implications de ces découvertes pour la thérapie. Le cadre HI-DEF a révélé des différences significatives dans la façon dont les patients réagissent aux traitements à modulation immunitaire. Les données issues d’essais cliniques montrent que les patients atteints de dérégulation lymphoïde bénéficient davantage de thérapies telles que les corticostéroïdes et l’anakinra.
Dans l’essai Victas, portant sur le traitement de la septicémie, la mortalité a diminué à 11 % chez les patients atteints de dérégulation lymphoïde ayant reçu de l’hydrocortisone, de la vitamine C et de la thiamine, contre 39 % dans le groupe placebo. À l’inverse, les patients présentant une réponse immunitaire équilibrée ont parfois connu des résultats moins favorables lorsqu’ils ont été traités par stéroïdes.
L’essai Vanish, mené sur des patients atteints de choc septique, a révélé que le traitement à l’hydrocortisone était associé à des résultats moins bons dans certains sous-groupes. Parmi 176 patients dont les données d’expression des ARN étaient disponibles, la mortalité globale était plus élevée chez ceux ayant reçu de l’hydrocortisone (38 %) que chez ceux qui n’en avaient pas reçu (22 %). L’augmentation du risque était particulièrement prononcée chez les patients présentant une réponse lymphoïde équilibrée, où la mortalité à 28 jours est passée de 16 % à 42 % avec l’utilisation de stéroïdes. Ces résultats contrastent avec des essais antérieurs qui avaient mis en évidence des bénéfices chez les patients atteints de dérégulation lymphoïde, soulignant la capacité de Hi-Def à identifier les situations où les corticostéroïdes pourraient être plus nuisibles que bénéfiques.
« Collectivement, ces résultats démontrent que Hi-Def offre une flexibilité pour une évaluation spécifique au contexte et a le potentiel d’identifier un traitement immunomodulateur approprié pour les patients atteints d’une maladie grave, réduisant l’hétérogénéité des effets du traitement », ont déclaré les auteurs.
Les chercheurs proposent d’intégrer Hi-Def à un test de diagnostic existant, la TriVerity, qui mesure l’expression de 29 gènes pour déterminer la probabilité d’une infection bactérienne ou virale et prédire la gravité de la maladie. Ils soulignent toutefois la nécessité de mener d’autres essais prospectifs pour confirmer les avantages spécifiques de ce traitement.
« En résumé, Hi-Def fournit un point de départ pour d’autres investigations multi-omiques potentielles sur l’immunobiologie des maladies graves, ainsi qu’un schéma basé sur la biologie plus facilement traduisible pour développer des outils de médecine de précision en USI », ont conclu les chercheurs.
Références
- Moore AR, Zheng H, Ganesan A, et al. A consensus human immune dysregulation framework for sepsis and critical illness. Nature Medicine. Published online 30 September 2025. Doi: 10.1038/s41591-025-03956-5
- Kay C. “Immune cell ‘signatures’ could help guide treatment for critically ill patients.” Stanford Medicine news release. 30 September 2025. Accessed 30 September 2025. https://med.stanford.edu/news/all-news/2025/09/immune-cell-signature.html
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