Publié le 30 septembre 2025 à 21h40. Des gravures rupestres monumentales découvertes dans le désert de Nefud, en Arabie saoudite, témoignent d’une présence humaine insoupçonnée il y a 12 000 ans, révélant une adaptation ingénieuse à un environnement aride.
- Des archéologues ont mis au jour des gravures de chameaux et de figures humaines datant d’environ 12 000 ans dans le sud du désert de Nefud.
- Ces œuvres d’art rupestre pourraient avoir servi de panneaux indicateurs le long des sources d’eau, facilitant la colonisation de la région.
- L’analyse des sédiments et des outils en pierre suggère des échanges culturels avec les populations du Levant.
Le désert de Nefud, situé dans le nord de la péninsule arabique, est depuis des millénaires un environnement particulièrement hostile. La sécheresse extrême qui y règne a longtemps laissé penser que la région était quasiment inhabitable. Pourtant, une équipe de chercheurs du Max Planck Institute for Geoanthropology de Jena, dirigée par l’archéologue Maria Guagnin, vient de bouleverser cette idée reçue. Dans la revue spécialisée “Nature Communications”, ils publient des découvertes qui attestent d’une occupation humaine remontant à environ 12 000 ans.
Les chercheurs ont exploré une zone de 78 000 kilomètres carrés dans le sud du désert et ont examiné les vestiges de l’activité humaine, notamment des outils en pierre et des gravures rupestres. Ces dernières, particulièrement impressionnantes, représentent des chameaux et des figures humaines. Certaines de ces gravures atteignent plus de deux mètres de haut et trois mètres de long, une taille comparable à celle d’un chameau adulte.
Maria Guagnin estime que ces œuvres monumentales n’étaient pas de simples ornements. Elle avance l’hypothèse qu’elles servaient de panneaux indicateurs, marquant les itinéraires le long des sources d’eau à travers le désert. Ces oasis, bien que saisonnières, auraient permis aux populations de coloniser la région lors de la transition entre le Pléistocène et l’Holocène, il y a entre 12 800 et 11 400 ans.

L’analyse des sédiments prélevés sur les trois sites étudiés confirme cette hypothèse. Les chercheurs ont constaté que, bien que le climat soit resté sec, des lacs saisonniers existaient il y a environ 16 000 ans. Le climat à l’extrémité sud du désert de Nefud était peut-être plus humide qu’aujourd’hui, mais pas suffisamment pour permettre la formation de sources d’eau permanentes, selon l’étude publiée dans Nature Communications.

Au-delà de leur fonction pratique, ces gravures pourraient également avoir eu une signification symbolique. Les chercheurs notent que les chameaux mâles sont souvent représentés dans des tons bruns, ce qui pourrait indiquer la période des accouplements, coïncidant avec une augmentation des précipitations hivernales. Il est également possible que ces œuvres aient servi à délimiter des territoires et à réguler l’accès aux ressources en eau entre différents groupes nomades.

Les populations qui ont vécu dans ces zones désertiques étaient sans aucun doute très mobiles. Les archéologues ont également mis au jour plus de 500 outils en pierre, dont de nombreuses pointes de flèches, ainsi que des bijoux en coquillages. Ces découvertes témoignent de l’existence de réseaux d’échanges culturels avec les populations du Levant, une région située en Méditerranée orientale. Les chercheurs supposent que les mêmes groupes de personnes ont pu être à l’origine des outils en pierre et des œuvres d’art rupestre, échangeant des connaissances et des compétences avec les populations côtières pour assurer leur survie dans cet environnement hostile.
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