Publié le 26 octobre 2023 14:30:00. Des chercheurs espagnols ont reconstitué la trajectoire de 3I/ATLAS, la troisième comète interstellaire identifiée dans notre système solaire, offrant une fenêtre unique sur la formation des systèmes planétaires au-delà du nôtre.
- L’équipe de l’Université de La Corogne a retracé le parcours de 3I/ATLAS sur les 10 derniers millions d’années.
- La comète, découverte en juillet dernier, se déplace à une vitesse impressionnante de 58 km/s (plus de 200 000 km/h).
- L’analyse de sa trajectoire, basée sur les données de la mission Gaia, suggère que 3I/ATLAS est un objet extrêmement ancien, potentiellement âgé de 10 milliards d’années.
Une équipe de recherche dirigée par Xabier Pérez Couto, du Centre de recherche sur les technologies de l’information et des communications (CITIC) de l’Université de La Corogne, a réussi à reconstituer l’histoire orbitale de 3I/ATLAS, une comète d’origine interstellaire. Cette découverte, actuellement disponible sur le serveur de prépublications arXiv et soumise à la revue The Astrophysical Journal, permet d’étudier un objet venu de très loin, bien avant l’apparition de la vie sur Terre.
La comète 3I/ATLAS a été repérée pour la première fois le 1er juillet grâce au système d’observation ATLAS (Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System), basé au Chili. L’analyse de son orbite hyperbolique a confirmé sans équivoque son origine extérieure au système solaire, rejoignant ainsi les mystérieuses 1I/’Oumuamua (découverte en 2017) et 2I/Borisov (détectée en 2019) comme le troisième objet interstellaire identifié à ce jour.
La détection de ces corps célestes, bien que difficile, n’est pas surprenante. Les modèles théoriques prédisent l’existence de nombreux autres objets voyageant dans l’espace interstellaire. Néanmoins, chaque observation représente un événement exceptionnel, offrant une opportunité unique d’étudier des matériaux formés dans des environnements stellaires différents du nôtre.
Ce qui rend 3I/ATLAS particulièrement intéressante, c’est sa composition et son activité. La comète présente une coma visible, signe de la présence de glace qui s’évapore à mesure qu’elle se rapproche du Soleil. Elle se déplace également à une vitesse considérable, environ 58 km/s (plus de 200 000 km/h).
Pour retracer son parcours, l’équipe de La Corogne a exploité les données de haute précision fournies par la mission Gaia de l’Agence spatiale européenne, qui cartographie plus d’un milliard d’étoiles de la Voie lactée. Minia Manteiga, chercheuse au CITIC, a coordonné l’analyse de ces données en Galice.
En comparant la trajectoire de 3I/ATLAS à celle de plus de 13 millions d’étoiles, les chercheurs ont identifié 93 rencontres potentielles, dont 62 présentent un niveau de confiance statistique élevé. Cependant, l’étude révèle que la vitesse extrême de la comète l’a rendue pratiquement insensible à l’attraction gravitationnelle des étoiles qu’elle a croisées, la faisant traverser la galaxie comme un projectile.
Cette résistance à la déviation suggère que 3I/ATLAS est un objet très ancien, potentiellement âgé de 10 milliards d’années. Selon Xabier Pérez Couto, chercheur au CITIC et chef d’équipe :
« Ce qui rend 3I/ATLAS unique, c’est qu’il nous permet d’étudier l’évolution d’objets originaires d’autres systèmes stellaires, un aspect sur lequel jusqu’à présent nous ne pouvions développer que des théories. Chaque observation de ce type est comme ouvrir une fenêtre sur le passé de l’Univers, nous permettant d’examiner directement la composition et la dynamique des matériaux formés dans des environnements stellaires autres que le nôtre. »
Bien que déterminer l’origine exacte de 3I/ATLAS reste un défi colossal – une tâche comparable à celle de trouver un grain de sable sur une plage galactique – certaines données suggèrent qu’elle pourrait provenir du même environnement que la majeure partie de la matière du disque mince de la Voie lactée.
Les chercheurs espèrent que la prochaine génération d’observatoires, comme l’ Observatoire Vera C. Rubin, permettra de détecter davantage d’objets interstellaires, ouvrant la voie à une étude plus globale des tendances chimiques et dynamiques à l’échelle galactique. Ces découvertes pourraient éclairer les processus de formation et d’évolution des comètes et des planètes, et ainsi mieux comprendre l’histoire de notre propre système solaire.
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