Les athlètes féminines de haut niveau sont particulièrement vulnérables aux troubles de l’alimentation, une pression exacerbée par la recherche de performance, les exigences liées aux catégories de poids et les normes sociales concernant l’apparence physique. Une enquête récente révèle l’ampleur du problème et souligne la nécessité d’une prise de conscience accrue et d’un accompagnement adapté.
Selon une étude menée par SWR auprès de 300 sportives de haut niveau, près d’une sur trois estime que son apparence physique joue un rôle dans son sport et dans ses chances de succès. Cette perception met en lumière la pression constante à laquelle sont confrontées les athlètes, où le corps est souvent jugé et évalué.
Fabienne Königstein, marathonienne et membre du conseil d’administration du DOSB, s’engage activement auprès d’Athletes Germany eV pour défendre les intérêts des sportives. Bien qu’elle n’ait jamais personnellement souffert de troubles de l’alimentation, elle témoigne de l’omniprésence de la question du poids et de l’alimentation dans le monde du sport de haut niveau. « Nous, les sportifs, évoluons dans un environnement à haut risque de troubles de l’alimentation », explique-t-elle.
La course à la performance peut conduire à des comportements dangereux. Königstein met en garde contre l’illusion d’une meilleure performance grâce à une perte de poids rapide : « C’est un château de cartes qui finira par s’effondrer. » Elle souligne que cette perte de poids représente une « bombe à retardement », les gains initiaux étant souvent suivis de blessures ou d’un épuisement physique.
Les sports impliquant des catégories de poids sont particulièrement préoccupants. Alina Böhm, judoka, se souvient d’une époque où son poids dictait son état d’esprit : « À l’époque où je faisais beaucoup de poids, le chiffre sur la balance décidait déjà de ce que je ressentais ce jour-là. Surtout de la merde. » Elle a trouvé la liberté et même un regain de succès en passant à une catégorie de poids supérieure : « La chose la plus courageuse que j’ai faite dans ma carrière, je pense, a été de passer à la catégorie des 78 kilos. »
Claudia Reidick, scientifique du sport et ancienne athlète, insiste sur l’influence des normes sociales. Elle explique que dans le sport de compétition, il est souvent nécessaire d’avoir plus de muscle, et que les athlètes qui ne parviennent pas à s’adapter à cette exigence peuvent être désavantagées. « En tant qu’athlète, vous devez accepter que votre propre silhouette ne correspond souvent pas à la définition sociale de la forme féminine », affirme-t-elle. Elle souligne que les troubles de l’alimentation ne sont pas un simple problème de mode de vie, mais une véritable maladie : « C’est comme une déchirure du ligament croisé, mais dans un organe différent. »
L’ancienne sabreuse Léa Krüger a également été confrontée à des troubles du comportement alimentaire au cours de sa carrière. Elle déplore le fait que les athlètes féminines aient parfois le sentiment que leur apparence peut influencer les jugements sportifs, y compris ceux des arbitres.
Fabienne Königstein a elle-même appris à mieux gérer sa nutrition. Elle explique qu’elle se concentre désormais sur l’apport en glucides et en protéines pendant et après l’entraînement : « Si je fais du vélo pendant une heure et demie, j’ai mes 80 grammes de glucides dans ma boisson. C’est la norme pour moi. » Elle note également une évolution positive dans la compréhension de l’importance des glucides et des protéines par les athlètes, notamment dans les sports d’endurance.
L’environnement joue un rôle crucial. L’entraîneur, en particulier, a un impact significatif sur les habitudes alimentaires des athlètes. Il est essentiel de leur faire comprendre l’importance de l’alimentation pour leurs performances. Königstein insiste sur la nécessité d’une éducation des athlètes et souligne que de plus en plus d’associations proposent des ateliers sur la nutrition, tandis que les réseaux sociaux favorisent les échanges et la sensibilisation. Elle se montre optimiste : « Les athlètes féminines remettent davantage les choses en question. »
Cependant, la responsabilité reste partagée : les entraîneurs, les clubs et les psychologues doivent agir précocement et prendre les troubles de l’alimentation au sérieux.
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