Publié le 14 octobre 2025 18:32:00. Le Canada et les Émirats arabes unis ont signé un accord de coopération pour stimuler les investissements dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA), notamment dans la construction de centres de données sur le sol canadien. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenaires commerciaux d’Ottawa.
- Le Canada cherche à attirer des capitaux émiratis pour développer son infrastructure en matière d’IA.
- Un protocole d’accord a été signé à Abou Dhabi entre les ministres de l’IA des deux pays.
- Les Émirats arabes unis sont devenus un acteur majeur de l’IA et disposent de fonds importants à investir.
Ottawa mise sur un rapprochement avec les Émirats arabes unis pour dynamiser son économie et réduire sa dépendance commerciale vis-à-vis des États-Unis. Le ministre fédéral de l’IA, Evan Solomon, a paraphé mardi un protocole d’accord à Abou Dhabi avec Mohamed Hassan Alsuwaidi, ministre de l’Investissement émirati. Cet accord, bien que non contraignant, vise à faciliter les investissements émiratis dans les centres de données canadiens et à encourager l’implantation d’entreprises canadiennes aux Émirats.
Selon M. Solomon, l’objectif est double : « Le cadre est de veiller à ce que davantage d’entreprises canadiennes ouvrent des bureaux ici », a-t-il déclaré, « mais aussi de veiller à ce que les Émirats arabes unis investissent au Canada au niveau des infrastructures ». Des discussions sont en cours depuis plusieurs mois, et une délégation émiratie avait déjà rencontré M. Solomon à Ottawa en juin pour approfondir les liens bilatéraux et commerciaux. La présence émiratie était également notable lors de la conférence All In, un événement majeur consacré à l’IA qui s’est tenu à Montréal le mois dernier.
Les Émirats arabes unis se sont imposés ces dernières années comme un pôle d’innovation en matière d’IA. Le pays a nommé son premier ministre de l’IA en 2017 et ses fonds souverains disposent de milliards de dollars à allouer au développement d’infrastructures coûteuses et énergivores, indispensables au fonctionnement des modèles et des applications d’IA. OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT, s’est ainsi associé à la société cloud émiratie G42 pour construire un centre de données à Abou Dhabi, dont l’ouverture est prévue pour l’année prochaine. G42 a également annoncé l’ouverture d’une filiale à Londres pour collaborer avec les secteurs public et privé en Europe.
En mai dernier, le fonds émirati MGX s’est associé à Nvidia Corp. pour construire en France ce qui a été présenté comme le plus grand campus de centres de données d’Europe. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a quant à elle annoncé que les Émirats arabes unis investiraient 40 milliards de dollars en Italie cette année, notamment dans l’IA, les centres de données, les énergies renouvelables et les terres rares.
M. Solomon a précisé que MGX, G42, ainsi que les fonds souverains Mubadala et ADQ ont manifesté leur intérêt pour investir au Canada, soit directement, soit en co-investissement avec d’autres acteurs. « Ils souhaitent s’associer avec un pays qui bénéficie d’un accès incroyable à l’énergie, et ils le considèrent comme un pays stable, digne de confiance et bien positionné », a-t-il souligné. (M. Alsuwaidi, le ministre de l’Investissement, est également le président-directeur général d’ADQ.)
Ces investissements pourraient également conférer aux Émirats arabes unis une influence politique accrue. Des responsables américains ont exprimé des préoccupations concernant les liens de G42 avec la Chine et le risque potentiel de transfert de technologies et de données américaines ce qui a suscité des inquiétudes au sein du Congrès. « Nous sommes conscients de toutes ces questions et de tous ces problèmes. Nos yeux sont grands ouverts », a assuré M. Solomon.
Plusieurs entreprises canadiennes sont déjà actives dans la région. La société d’IA torontoise Cohere collabore déjà avec STC Group, une entreprise de télécommunications saoudienne. De plus, la société de capital-risque Inovia Capital a récemment dirigé une délégation de dirigeants technologiques à Abou Dhabi et Dubaï, incluant Nick Frosst, cofondateur de Cohere.
M. Solomon a également indiqué que les Émirats arabes unis envisagent des investissements dans d’autres secteurs que l’IA, notamment les sciences de la vie, l’agriculture et les technologies financières.
À ne pas manquer
