Publié le 8 novembre 2025 18h34. Des experts internationaux plaident pour une reconnaissance spécifique de la psychose post-partum, une maladie mentale rare mais grave, afin d’améliorer la prise en charge et de réduire les risques accrus de suicide et d’infanticide.
- Les spécialistes demandent que la psychose post-partum (PPP) soit classée comme un trouble distinct dans les manuels de diagnostic psychiatrique, en raison de son apparition et de ses caractéristiques cliniques propres.
- La PPP touche entre 0,1 % et 0,2 % des femmes sans antécédents de troubles mentaux, mais multiplie considérablement les risques de suicide et d’infanticide.
- Un traitement spécifique et rapide, incluant une hospitalisation et une thérapie progressive, permet d’obtenir un taux de rémission de 98 %.
La psychose post-partum (PPP) devrait être reclassée comme une catégorie distincte de trouble mental afin d’améliorer les soins prodigués aux femmes concernées, selon une récente déclaration de consensus publiée dans la revue Biological Psychiatry. Une étude de l’Université de Virginie souligne l’urgence de cette reconnaissance.
Cette demande émane d’un groupe international d’experts de renom en santé mentale féminine. Bien qu’elle soit l’une des affections psychiatriques les plus reconnaissables chez les femmes en raison de son apparition soudaine et de ses symptômes spécifiques, la PPP reste insuffisamment reconnue dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) et la Classification internationale des maladies.
« La psychose post-partum est une maladie psychiatrique très rare, mais extrêmement grave, qui nécessite une approche thérapeutique spécifique », explique le Dr Jennifer Payne, psychiatre reproductive à UVA Health et principale auteure de la déclaration.
« En raison des risques pour la mère et le nourrisson, de l’escalade rapide de la gravité et de son évolution fulgurante, il est impératif que la PPP soit reconnue, diagnostiquée et traitée le plus tôt possible. »
Dr Jennifer Payne, psychiatre reproductive, UVA Health
Les difficultés d’un diagnostic précoce
Selon les auteurs, entre 0,1 % et 0,2 % des femmes sans antécédents de troubles mentaux développent une PPP, ce qui augmente considérablement les risques de suicide et d’infanticide. De plus, le risque de psychose est multiplié par dix dans les premières semaines suivant l’accouchement, comparativement à toute autre période de la vie d’une femme.
Les auteurs soulignent également l’importance pour les cliniciens de bien comprendre les risques et les manifestations de la PPP afin de poser un diagnostic rapide. Cependant, les femmes qui restent à domicile après l’accouchement, alors qu’elles sont confrontées à des ajustements psychosociaux et physiques importants, risquent de voir leurs symptômes négligés ou banalisés par les professionnels de santé.
Bien qu’une spécification du péripartum existe pour les troubles de l’humeur dans le DSM, elle se réfère à la période de la grossesse et jusqu’à quatre semaines après l’accouchement. Or, la PPP survient uniquement après l’accouchement, sans données suggérant une manie ou une récidive bipolaire pendant la grossesse.
Des besoins thérapeutiques spécifiques
En outre, la PPP nécessite des approches thérapeutiques distinctes de celles utilisées pour d’autres troubles psychiatriques. Considérée comme une urgence psychiatrique, les experts recommandent l’hospitalisation pour évaluer et traiter les patientes atteintes de PPP.
Les femmes atteintes de PPP doivent bénéficier d’un traitement immédiat de l’épisode aigu, suivi de mesures visant à prévenir les rechutes pendant la période post-partum et au-delà. L’objectif est d’obtenir une rémission complète au cours de la première année suivant l’accouchement.
La plus vaste étude à ce jour a révélé un taux de rémission de 98 % chez les patientes hospitalisées pour PPP et ayant reçu une séquence progressive de benzodiazépines à court terme, d’antipsychotiques et de lithium. Le lithium seul s’est également avéré protecteur contre les rechutes dans un délai d’un an.
La gestion de la PPP doit également tenir compte de l’allaitement et de la nécessité de préserver le sommeil maternel. Il existe un risque accru de mammite en cas d’interruption ou de diminution des tétées, et l’humeur peut être affectée par la fatigue, le stress et les troubles du sommeil.
Les conséquences graves de la psychose post-partum
Les auteurs insistent sur les conséquences graves de la PPP, le suicide étant la principale cause de mortalité maternelle. Selon les comités américains d’examen de la mortalité maternelle, ces décès sont tous évitables et la PPP représente le risque le plus élevé.
L’infanticide a également été associé à la PPP, indépendamment d’autres facteurs de risque tels que les abus sexuels infantiles et les antécédents familiaux de mort violente. De plus, il a été observé que le placement d’enfants en famille d’accueil était presque aussi fréquent chez les enfants de mères ayant développé une nouvelle maladie mentale post-partum que chez ceux dont la mère souffrait d’une maladie mentale chronique.
Selon les auteurs, ce profil unique justifie de considérer la PPP comme un trouble distinct dans le DSM. Cela pourrait permettre de prévenir la PPP chez les femmes présentant des facteurs de risque connus, tels que :
- Un trouble bipolaire antérieur (risque de 17 %).
- Une PPP antérieure (risque de 29 %).
Références
- Psychose post-partum : des experts internationaux cherchent à sauver la vie des mères et des bébés. Système de santé de l’Université de Virginie. 3 novembre 2025. Consulté le 7 novembre 2025. https://www.eurekalert.org/news-releases/1104187.
- Bergink V, Akbarian S, Byatt N et al. Psychose post-partum et trouble bipolaire : revue de la neurobiologie et déclaration de consensus d’experts sur la classification. Biological Psychiatry. 2025. doi:10.1016/j.biopsych.2025.10.016
À lire aussi
