Berkshire Hathaway, le conglomérat dirigé par l’investisseur légendaire Warren Buffett, affiche un niveau de trésorerie record de 381 milliards de dollars (environ 353 milliards d’euros). Cette accumulation massive d’argent suscite des interrogations sur les perspectives de l’économie et les intentions du milliardaire à l’approche de son éventuel départ.
Le portefeuille de Berkshire, évalué à 257,521 milliards de dollars (environ 239 milliards d’euros) selon son dernier formulaire 13F, témoigne d’une stratégie d’investissement prudente. Cette montagne de liquidités a alimenté les spéculations selon lesquelles Buffett anticiperait un krach boursier imminent, une hypothèse renforcée par la comparaison avec d’autres géants de la technologie.
NVIDIA, par exemple, dont la capitalisation boursière a dépassé les 5 000 milliards de dollars (environ 4 650 milliards d’euros) le 29 octobre dernier, ne dispose que de 56,8 milliards de dollars (environ 53 milliards d’euros) de liquidités. Cependant, la comparaison est limitée : NVIDIA est au cœur de l’engouement actuel pour l’intelligence artificielle, tandis que Berkshire Hathaway est une holding diversifiée, active dans l’assurance, les services publics, l’énergie, le transport et la distribution.
Pour décrypter la stratégie de Buffett, les investisseurs se penchent sur sa dernière lettre aux actionnaires et les informations contenues dans le formulaire 13F. La lettre, publiée le 10 novembre, bien que riche en réflexions sur l’entreprise, n’aborde pas directement la question des liquidités accumulées.
Buffett a toutefois exprimé son intention de conserver une part importante des actions de classe « A » de Berkshire jusqu’à ce que les actionnaires soient pleinement convaincus par son successeur, Greg Abel, dont il salue la compréhension approfondie des activités de l’entreprise. Il a également souligné que Berkshire est moins vulnérable aux catastrophes économiques que la plupart des sociétés, et qu’elle continuera à agir dans l’intérêt des États-Unis.
Cette approche, axée sur la valeur et la solidité financière, est au cœur de la stratégie de Buffett depuis 1965. Elle ne laisse cependant pas présager d’une anticipation d’effondrement boursier.
L’analyse du portefeuille de Berkshire offre des indices supplémentaires. Les principales positions de l’entreprise sont les suivantes :
- Apple (NASDAQ : AAPL) : 22,31 %
- American Express (NYSE : AXP) : 18,78 %
- Bank of America (NYSE : BAC) : 11,12 %
- Coca-Cola (NYSE : KO) : 10,99 %
Ces quatre titres représentent plus de 63 % du portefeuille, ce qui témoigne d’une certaine concentration. Toutefois, la part d’Apple a été réduite de 25,76 %. Le géant de Cupertino est peut-être le moins exposé aux enjeux de l’intelligence artificielle parmi les « Magnificent Seven » (les sept grandes valeurs technologiques américaines).
Berkshire Hathaway affiche également un intérêt marqué pour le secteur financier et les biens de consommation de base, comme en témoignent ses participations dans Moody’s Corporation (NYSE : MCO), Chubb (NYSE : CB), Visa (NYSE : V) et Kraft Heinz (NASDAQ : KHC). Le secteur financier a réalisé une performance de 10,10 % depuis le début de l’année, en partie grâce aux mesures de déréglementation mises en œuvre par le nouveau gouvernement.
Buffett a cependant réduit sa participation dans Bank of America de 26,3 millions d’actions, après l’avoir acquise au troisième trimestre de 2017.
Par ailleurs, Berkshire a renforcé sa position dans Chevron (NYSE : CVX), une société pétrolière dont les performances sont en retrait par rapport à l’indice S&P 500 cette année. Buffett a également augmenté sa participation dans Occidental Petroleum (NYSE : OXY), un autre acteur du secteur énergétique en difficulté. Ces investissements suggèrent un optimisme quant à la reprise du secteur de l’énergie, qui pourrait constituer une opportunité pour déployer la trésorerie accumulée par Berkshire au quatrième trimestre et en 2026.
La trésorerie record de Berkshire Hathaway est probablement le fruit d’une combinaison de prises de bénéfices sur des marchés en hausse et d’une préparation à saisir les opportunités d’achat qui se présenteront lors de corrections boursières. Comme le souligne Buffett lui-même :
« Il vaut bien mieux acheter une entreprise formidable à un prix équitable qu’une entreprise équitable à un prix exceptionnel. »
Warren Buffett, réputé pour sa transparence envers ses actionnaires, ne laisse probablement pas de doute sur l’utilisation future de cette trésorerie.
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