L’université Harvard est sous pression pour révoquer le poste de professeur de Larry Summers après la publication d’échanges de courriels révélant des tentatives de faire pression sur une femme pour qu’elle entretienne une relation avec lui, avec les conseils du criminel sexuel Jeffrey Epstein.
L’affaire relance le débat sur la responsabilité des personnalités publiques et la tolérance envers des comportements inappropriés, même pour ceux qui occupent des positions influentes.
L’amitié entre Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor américain et ancien président de Harvard, et Jeffrey Epstein était déjà connue. Cependant, les courriels divulgués par la commission de surveillance de la Chambre des représentants dévoilent l’ampleur de leur relation et le contenu troublant de leurs conversations. Au-delà d’un simple échange, ces messages révèlent une volonté manifeste de Summers d’utiliser son influence pour obtenir des faveurs sexuelles.
Selon les informations rapportées par The Harvard Crimson, Summers aurait cherché à exercer des pressions sur Keyu Jin, une économiste chinoise diplômée de Harvard en 2004 et titulaire d’un doctorat de la même université depuis 2009. Dans ses courriels à Epstein, Summers qualifiait Jin de « mentorée » et lui donnait le surnom péjoratif de « danger », une allusion claire au concept raciste du « péril jaune ». Les deux hommes ont longuement discuté des stratégies à adopter pour inciter Jin à accepter une relation intime avec Summers, ce dernier estimant qu’elle le trouverait « inestimable et intéressant » et qu’elle ne pourrait « pas l’avoir sans romance/sexe ». Ces échanges ont continué jusqu’à la veille de l’arrestation d’Epstein.
Face à ces révélations, Summers s’est excusé pour sa relation avec Epstein et a annoncé qu’il se retirait de ses engagements publics afin de « reconstruire la confiance ». Il a cependant conservé son poste d’enseignant à Harvard, où il dispense actuellement cinq cours, dont deux sont des cours de premier cycle très fréquentés. Cette décision a suscité l’indignation, notamment de la sénatrice Elizabeth Warren, ancienne professeure à Harvard, qui a appelé à son renvoi.
Les critiques soulignent que les excuses de Summers sont limitées à sa communication avec Epstein, et non à la nature de ses actions et aux conseils qu’il a reçus. Il semble, selon certains observateurs, considérer l’accès à un poste influent et à un pouvoir sur les jeunes comme un droit, voire une condition nécessaire à sa réussite personnelle.
L’affaire Summers met en lumière un problème plus large : la persistance d’une culture où les hommes puissants se sentent autorisés à abuser de leur position pour satisfaire leurs désirs. Comme le souligne l’auteur de l’article original, Elie Mystal, Summers n’est pas une exception, mais plutôt le reflet d’une norme sociale profondément ancrée. Il représente, selon cette analyse, une « taxe » que la société impose aux femmes, les obligeant à supporter un coût supplémentaire pour exercer leur profession et interagir avec des figures d’autorité.
Depuis la publication de cet article, Larry Summers a démissionné de son poste au conseil d’administration d’OpenAI et Harvard a annoncé l’ouverture d’une enquête sur ses relations avec Epstein.
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