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Qu’est-ce que cela signifierait pour les États-Unis d’entrer dans une nouvelle phase d’opérations ?

by Clara Dubois

Publié le 24 novembre 2025 à 01h31. L’administration américaine pourrait intensifier ses opérations contre le Venezuela après avoir officiellement désigné le Cartel de los Soles comme organisation terroriste, une décision qui ouvre la voie à des actions potentiellement plus agressives dans la région des Caraïbes.

  • La désignation du Cartel de los Soles comme organisation terroriste entre en vigueur le 24 novembre.
  • Cette décision offre à l’administration Trump une base juridique pour justifier ses opérations dans les Caraïbes et sa pression sur le gouvernement de Nicolás Maduro.
  • Les États-Unis envisageraient des opérations secrètes, voire un renversement du gouvernement vénézuélien, tout en faisant face à des critiques concernant la légalité de ces actions.

Washington a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie envers le Venezuela en inscrivant officiellement le Cartel de los Soles sur la liste des organisations terroristes étrangères (FTC). Cette désignation, effective dès le 24 novembre, intervient à la demande du secrétaire d’État Marco Rubio et vise à donner à l’administration Trump une couverture juridique plus solide pour ses activités dans la région des Caraïbes et sa campagne de pression sur le régime de Nicolás Maduro.

Le Cartel de los Soles, considéré par Washington comme étant dirigé par le président vénézuélien lui-même, est une structure composée, selon l’organisation de surveillance du crime organisé Insight Crime, d’officiers supérieurs des forces armées vénézuéliennes. Ses activités incluent la contrebande d’essence, l’exploitation minière illégale et le trafic de drogue.

Les États-Unis n’ont, à ce jour, présenté aucune preuve tangible des liens directs entre Maduro et cette organisation, ni avec le groupe criminel connu sous le nom de Tren de Aragua. Cependant, un suivi indépendant révèle que les opérations de ce dernier ont prospéré grâce à l’inaction du gouvernement de Caracas, ainsi qu’à la complicité de responsables pénitentiaires et d’administrations régionales, notamment celle de Tareck El Aïssami, emprisonné à Aragua entre 2012 et 2016.

La désignation du Cartel de los Soles permet à l’administration Trump d’étendre ses options, en collaboration avec d’autres agences fédérales, comme le ministère de la Défense, qui maintient actuellement la plus importante concentration de forces navales dans les Caraïbes depuis la Guerre du Golfe. Le plus grand porte-avions du monde, l’USS Gerald R. Ford, accompagné de deux destroyers et d’une force de combat aérienne comprenant environ 8 000 militaires, est déployé dans les eaux internationales au large du Venezuela.

Jusqu’à présent, 83 personnes ont péri dans des incidents impliquant 21 bateaux suspectés de trafic de drogue dans les eaux caribéennes et du Pacifique, près de la Colombie. Il n’a toutefois pas été formellement prouvé que ces embarcations transportaient effectivement des stupéfiants.

Des opérations psychologiques et la possibilité d’un changement de régime

Bien que la désignation du Cartel de los Soles comme organisation terroriste n’implique pas automatiquement une intervention militaire, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a laissé entendre le 21 novembre que de « nouvelles options » seraient envisagées. Juan Manuel Trak, un universitaire mexicain interrogé par l’AFP, estime que « cette escalade de la pression donne l’impression qu’une forme d’attaque est presque imminente ».

Quatre responsables américains, sous couvert d’anonymat, ont confié à Reuters que l’administration Trump se préparait à entrer dans une nouvelle phase d’opérations, sans toutefois préciser leur nature exacte. Deux d’entre eux ont évoqué des opérations secrètes autorisées par la CIA au début du mois. Un haut responsable a affirmé qu’aucune action ne serait exclue, tandis que d’autres ont suggéré que le renversement de Maduro était une option envisagée.

Un avion F/A-18F Super Hornet de la marine américaine est lancé depuis le porte-avions USS Gerald R. Ford alors qu'il opère dans la mer des Caraïbes, le 18 novembre 2025.
Un avion F/A-18F Super Hornet de la marine américaine est lancé depuis le porte-avions USS Gerald R. Ford alors qu’il opère dans la mer des Caraïbes, le 18 novembre 2025. © REUTERS – Marine américaine

Le président Trump a affirmé avoir déjà pris une décision concernant le Venezuela, laissant entendre que les jours de Maduro seraient comptés. Il a également évoqué la possibilité de discussions avec Maduro « à un moment donné », une perspective qui pourrait atténuer l’escalade prévue pour le 24 novembre.

Selon le Washington Post, l’une des options envisagées serait la diffusion de tracts au-dessus de Caracas, rappelant la récompense de 50 millions de dollars offerte pour la capture de Maduro, dans le but de semer la discorde au sein du pouvoir et de provoquer un changement de régime.

Le Venezuela a été isolé sur le plan aérien après que la Federal Aviation Administration (FAA) des États-Unis a émis une alerte concernant une « activité militaire accrue » dans l’espace aérien du pays. Plusieurs compagnies aériennes ont temporairement suspendu leurs vols, mais les experts estiment que cet avertissement ne présage pas nécessairement d’un conflit imminent.

« À ce stade, il s’agit d’une mesure de précaution, mais si la situation s’aggrave, des zones d’exclusion aérienne seront désignées », a expliqué Ramesh Lutchmedial, ancien directeur général de l’aviation civile de Trinité-et-Tobago, à l’agence EFE.

Un président face à ses contradictions

L’administration Trump est confrontée à des critiques concernant la légalité de ses opérations au Venezuela, tout en devant respecter la promesse électorale du président de ne pas s’impliquer dans des conflits étrangers et répondre aux attentes de son électorat concernant une éventuelle action militaire.

Rand Paul, président de la Commission sénatoriale de la sécurité intérieure et des affaires gouvernementales, a déclaré à CBS qu’une intervention militaire au Venezuela pourrait provoquer une « fragmentation et une fracture » au sein du mouvement qui soutient le président Trump. Selon lui, une grande partie de sa base électorale, y compris lui-même, adhère à la promesse de maintenir les États-Unis à l’écart des conflits étrangers, une position qui s’étend également à l’Ukraine.

Un sondage d’opinion publié par CBS News révèle que 76 % des Américains estiment que les raisons justifiant une implication dans un conflit au Venezuela n’ont pas été suffisamment expliquées, et 70 % s’y opposent. Seuls 13 % considèrent le Venezuela comme une menace majeure, et 39 % ne le perçoivent pas comme une menace du tout.

Le New York Times a récemment publié un rapport déclassifié datant du premier mandat de Trump, révélant que des responsables américains avaient simulé un scénario de renversement de Maduro en 2019. Cette simulation avait abouti à un scénario de chaos généralisé, difficile à contrôler sans un déploiement militaire important et coûteux. Cet exercice avait eu lieu lorsque Trump avait reconnu Juan Guaidó, alors président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, comme président légitime, sans parvenir à provoquer le changement de régime escompté.

Il est inconnu si ces « jeux de guerre » ont été mis à jour pour tenir compte de la situation actuelle, dans laquelle Maduro n’est plus reconnu par une grande partie des gouvernements de la région et d’Occident, et est accusé d’avoir truqué les élections de 2024, que l’opposition prétend avoir remportées, sur la base de documents officiels que le Conseil national électoral a refusé de publier.

Même sans la reconnaissance de ses anciens partenaires, une action contre le gouvernement Maduro pourrait susciter une opposition régionale. Le président brésilien Luiz Inácio Lula Da Silva a promis, lors du sommet du G20, de discuter du Venezuela avec Trump, insistant sur le fait qu’« il n’y a aucune raison de déclencher une guerre ». Gustavo Petro a appelé à une « solution pacifique », tout en réaffirmant qu’il ne soutient pas Maduro.

Avec Reuters, AFP, EFE et médias locaux.

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