Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une étude de l’hôpital Johns Hopkins suggère que le sulfure d’hydrogène, un gaz connu pour son odeur caractéristique d’œuf pourri, pourrait offrir une protection inattendue contre la maladie d’Alzheimer, ouvrant de nouvelles pistes thérapeutiques pour cette pathologie neurodégénérative.
- Des doses modérées de sulfure d’hydrogène pourraient aider à préserver les cellules cérébrales et à ralentir la dégénérescence associée à la maladie d’Alzheimer.
- Les chercheurs ont identifié un mécanisme impliquant la sulfhydratation chimique des protéines cérébrales, un processus qui diminue avec l’âge et est particulièrement affecté chez les patients atteints d’Alzheimer.
- Des expériences sur des souris génétiquement modifiées ont montré une amélioration significative de la mémoire et de la motricité après traitement avec un composé libérant du sulfure d’hydrogène.
Des chercheurs de l’hôpital Johns Hopkins ont publié une étude révélant un rôle potentiellement protecteur du sulfure d’hydrogène (H2S) contre la maladie d’Alzheimer. Cette découverte, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences en 2021, pourrait transformer notre compréhension de cette maladie neurodégénérative qui touche des millions de personnes dans le monde, en particulier les personnes âgées.
Le sulfure d’hydrogène, bien connu pour son odeur désagréable d’œuf pourri, est produit naturellement par l’organisme humain et joue un rôle important dans la signalisation cellulaire et la régulation des processus physiologiques. Si des concentrations élevées sont toxiques, l’étude suggère que des doses modérées pourraient avoir un effet bénéfique sur le cerveau.
L’équipe, dirigée par le Dr Bindu Paul et le Dr Solomon Snyder, a mis en évidence un processus clé : la sulfhydratation chimique. Ce processus modifie les protéines cérébrales et tend à diminuer avec l’âge, étant particulièrement réduit chez les patients atteints d’Alzheimer. Plus précisément, le sulfure d’hydrogène influence l’enzyme glycogène synthase β (GSK3β). En l’absence de sulfure d’hydrogène, GSK3β interagit de manière excessive avec la protéine Tau, favorisant la formation d’enchevêtrements neurofibrillaires, une caractéristique pathologique de la maladie d’Alzheimer qui conduit à la mort neuronale et au déclin cognitif.
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont utilisé un modèle animal de la maladie d’Alzheimer, des souris génétiquement modifiées pour présenter des symptômes similaires à ceux de la maladie humaine. Ces souris ont été traitées avec un composé appelé NaGYY, qui libère lentement du sulfure d’hydrogène dans l’organisme. Les résultats ont été encourageants : les tests comportementaux ont révélé une amélioration allant jusqu’à 50 % de la mémoire et de la motricité chez les souris traitées par rapport aux souris non traitées. Ces résultats suggèrent une possible inversion des symptômes dégénératifs.
Selon Daniel Giovinazzo, premier auteur de l’étude,
« Comprendre cette chaîne d’événements est crucial pour développer des médicaments capables d’imiter l’effet protecteur du gaz. »
L’objectif est désormais de développer des thérapies capables de restaurer les niveaux de sulfure d’hydrogène dans le cerveau et de bloquer ainsi la cascade d’événements pathologiques qui conduisent à la maladie d’Alzheimer.
La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative progressive caractérisée par une perte de mémoire, une désorientation, des troubles du comportement et une altération des fonctions cognitives et motrices. Malgré plus de 500 essais cliniques menés au cours des dernières décennies, les causes précises de la maladie restent inconnues et les traitements disponibles se limitent à soulager les symptômes et à ralentir temporairement la progression de la maladie.
En Italie, on estime à 492 000 le nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, tandis que dans le monde, plus de 26 millions de personnes sont concernées. Ce chiffre devrait augmenter de manière exponentielle dans les décennies à venir. La pathologie est associée à la formation de plaques amyloïdes et d’enchevêtrements neurofibrillaires dus à la protéine Tau, qui entraînent progressivement la mort des neurones.
Les stratégies préventives actuelles recommandées incluent l’activité physique régulière, la stimulation cognitive et le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire. Cependant, il n’existe actuellement aucun médicament ni supplément prouvé pour réduire efficacement le risque de développer la maladie d’Alzheimer.
Les travaux de l’équipe de l’hôpital Johns Hopkins, une institution médicale de premier plan aux États-Unis, représentent une avancée significative dans la recherche de nouvelles thérapies basées sur la modulation de molécules gazeuses telles que le sulfure d’hydrogène. Cette approche pourrait ouvrir de nouvelles voies pour lutter contre l’une des maladies les plus dévastatrices de notre époque.
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