Publié le 16 décembre 2023 13:04:00. Après cinq ans de détention et un procès qualifié d’exemplaire par les autorités, l’entrepreneur et éditeur du journal pro-démocratie Apple Daily, Jimmy Lai, a été reconnu coupable de collusion avec des forces étrangères et de sédition à Hong Kong. Cette condamnation, perçue comme un nouveau coup porté à la liberté de la presse, intervient dans un contexte de répression croissante des voix dissidentes.
- Jimmy Lai, 78 ans, a été reconnu coupable de « collusion avec des forces étrangères » et de « sédition » au titre de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin.
- La peine n’a pas encore été prononcée, mais il risque la réclusion à perpétuité.
- Cette condamnation est vivement critiquée par les organisations internationales de défense de la presse et les gouvernements occidentaux.
Hong Kong – Le verdict était attendu, et il est tombé ce samedi : Jimmy Lai, figure emblématique de la contestation à Hong Kong, a été déclaré coupable des chefs d’accusation de « collusion avec des forces étrangères » et de « sédition ». Ce procès, qui s’est étalé sur cinq ans et a donné lieu à 156 audiences, a été mené par un panel de trois juges spécialement désignés par l’exécutif hongkongais. Le verdict, long de 855 pages, confirme les accusations portées contre l’entrepreneur catholique et fondateur du journal Apple Daily, un quotidien pro-démocratie qui a été contraint de fermer en juin 2021.
Bien que la sentence n’ait pas encore été rendue, une nouvelle phase d’audiences est prévue à partir du 12 janvier, permettant à la défense de plaider des circonstances atténuantes. Cependant, l’issue semble déjà connue : les observateurs s’attendent à ce que Jimmy Lai écope de la peine maximale prévue par la loi sur la sécurité nationale, à savoir la réclusion à perpétuité. À 78 ans, il passera son cinquième Noël consécutif en prison, où il est détenu sans interruption depuis le 18 décembre 2020.
Lors de son apparition devant le tribunal de West Kowloon, Jimmy Lai, escorté par sept agents de sécurité, est apparu amaigri mais souriant. Il a salué sa famille présente dans la salle, ainsi que des journalistes, des représentants du corps diplomatique et des amis, dont le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong, qui s’est rendu sur place avec l’aide d’une canne. Un geste symbolique a également marqué cette journée : des partisans ont envoyé aux juges un panier de pommes, en référence au logo d’Apple Daily.
Les juges ont justifié leur décision en affirmant que la défense de Jimmy Lai était « incohérente » et que le procès avait démontré son intention, avant et après l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, de renverser le gouvernement du Parti communiste chinois. Ils ont souligné que cet objectif était désormais inacceptable à Hong Kong.
La nouvelle de la condamnation a suscité des réactions contrastées. Le chef de l’exécutif hongkongais, John Lee, a profité de l’occasion pour accuser Jimmy Lai d’avoir « utilisé imprudemment Apple Daily pour créer des conflits sociaux, semer la division, inciter à la haine et glorifier la violence », ainsi que pour avoir « appelé les pays étrangers à imposer des sanctions contre la Chine et Hong Kong ». Il a également réaffirmé que la protection de la sécurité nationale était une « responsabilité naturelle » et que le pouvoir judiciaire agissait de manière légitime.
Au-delà de Hong Kong, la condamnation de Jimmy Lai a provoqué une vague d’indignation. L’Association internationale de la presse, qui a décerné à Jimmy Lai le « Prix mondial du héros de la liberté de la presse » en octobre dernier, a publié une déclaration condamnant « avec la plus grande fermeté » ce jugement, dénonçant l’utilisation des tribunaux hongkongais pour « supprimer les informations indépendantes et les voix dissidentes ». L’Association internationale de la presse (IFEX) a souligné que cette décision constituait une nouvelle atteinte à la liberté d’expression dans l’ancienne colonie britannique.
L’Association des journalistes de Hong Kong a également exprimé ses regrets face à cette décision, rappelant qu’Apple Daily était suspendu depuis près de cinq ans et que sa direction et sa rédaction, dont Jimmy Lai, étaient en détention depuis ce temps. L’association a appelé le gouvernement hongkongais à honorer son engagement en faveur de la protection de la liberté de la presse.
Le Royaume-Uni, dont Jimmy Lai possède la double nationalité, a également réagi. Yvette Cooper, ministre des Affaires étrangères britannique, a déclaré :
« Le Royaume-Uni condamne les poursuites à caractère politique engagées contre Jimmy Lai et le résultat de sa condamnation aujourd’hui. Il a été pris pour cible par les gouvernements chinois et hongkongais pour avoir exercé pacifiquement sa liberté d’expression. »
Yvette Cooper, ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni
Le ministère des Affaires étrangères britannique a également réitéré son appel à la « libération immédiate » de Jimmy Lai, afin qu’il puisse recevoir les soins médicaux nécessaires, compte tenu des inquiétudes exprimées par sa famille concernant son état de santé en prison. Cependant, l’administration pénitentiaire a qualifié ces inquiétudes de « fausses informations ».
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