Home AffairesPrincipe de Jordan : Ottawa accepte moins de demandes en éducation en Ontario

Principe de Jordan : Ottawa accepte moins de demandes en éducation en Ontario

by Amélie Bernard

Publié le 10 janvier 2026 00:03:00. Le financement fédéral alloué aux enfants des Premières Nations de l’Ontario pour des besoins éducatifs spécifiques, via le principe de Jordan, a été drastiquement réduit, suscitant des accusations de sous-financement systémique et de discrimination.

  • Une diminution de plus de 98 % du financement a été observée entre 2024 et 2025.
  • La Première Nation de Mississaugas of the Credit a déposé une plainte devant le Tribunal canadien des droits de la personne.
  • Le gouvernement fédéral défend son approche, arguant que le Parlement seul a le pouvoir de déterminer les dépenses.

Ottawa a considérablement réduit le financement destiné aux enfants des Premières Nations en Ontario qui bénéficient d’une aide à l’éducation en vertu du principe de Jordan. Les sommes allouées sont passées de 122,1 millions de dollars pour les périodes équivalentes en 2024 à seulement 1,2 million de dollars pour 2025, a révélé une audience du tribunal cette semaine. Cette baisse représente une réduction de près de 99 %.

Ce changement radical est survenu en février 2025, lorsque Services aux Autochtones Canada a introduit un nouveau bulletin opérationnel qui restreint les services admissibles au titre de cette initiative juridique. Le principe de Jordan garantit aux enfants des Premières Nations un accès rapide aux services de santé et aux services sociaux publics, sans les délais bureaucratiques liés à la détermination du gouvernement responsable du financement (provincial/territorial ou fédéral).

La Première Nation de Mississaugas of the Credit a présenté ces chiffres devant le Tribunal canadien des droits de la personne, où elle accuse Ottawa de sous-financer systématiquement les écoles des communautés de la province. Margaret Sault, cheffe de la Première Nation, située à environ 90 kilomètres au sud de Toronto, s’est dite plus que choquée par cette situation. Elle a toutefois souligné que ces coupes budgétaires ne sont malheureusement pas nouvelles pour les Premières Nations : On dirait toujours qu’on fait un pas en avant et qu’on en fait deux en arrière.

Selon les données présentées, entre le 1er avril et le 30 septembre 2024, Services aux Autochtones a approuvé 2 608 demandes liées à l’école au titre du principe de Jordan en Ontario, pour un total de 122,1 millions de dollars. Après la modification des procédures opérationnelles, seulement 66 demandes ont été approuvées pour la même période en 2025, représentant un montant de 1,2 million de dollars. Le nombre de demandes soumises a également diminué, passant de 3 749 en 2024 à 1 031 en 2025. Cette baisse pourrait être liée au nouveau bulletin opérationnel et à la prise de conscience d’un important arriéré de demandes, comme l’a révélé l’audience.

Le taux d’approbation des demandes a également chuté. Alors qu’il était de 94 % en 2023-2024 et de 90 % l’année suivante, il n’a atteint que 28 % dans les mois qui ont suivi la mise en place de la nouvelle procédure opérationnelle.

La Première Nation allègue que le modèle de financement actuel, introduit à titre temporaire en 2019-2020 et jamais remplacé, est inadéquat, discriminatoire et perpétue les préjudices coloniaux infligés aux enfants dans les pensionnats. L’audience se poursuit depuis octobre dernier.

Margaret Sault a expliqué que l’approche actuelle du financement oblige souvent les enfants à quitter leur communauté pour accéder à des services spécialisés : Ce n’est pas suffisant ni équivalent à ce dont disposent les systèmes scolaires hors communauté. Ainsi, par exemple, si nous avons des besoins particuliers, nos enfants doivent quitter la communauté.

Dans sa défense, le Canada affirme que les Premières Nations peuvent également demander un financement pour l’éducation en vertu du principe de Jordan. Cependant, les chiffres démontrent que les chances d’obtenir ce financement ont considérablement diminué.

L’avocat Kent Elson, représentant la Première Nation de Mississaugas of the Credit, a dénoncé une situation qui témoigne d’un manque de considération pour les besoins éducatifs des enfants des Premières Nations : C’est une preuve supplémentaire que les besoins des enfants des Premières Nations ne sont pas satisfaits en matière d’éducation.

Une famille ontarienne a témoigné auprès de CBC Indigenous l’année dernière que sa vie avait basculé dans la crise après que le Canada ait refusé de renouveler le financement pour son fils autiste de 8 ans, qui bénéficiait d’un soutien éducatif essentiel depuis 2018-2019. Récit de cette situation.

L’argumentation du gouvernement fédéral a également été critiquée. Selon le ministère de la Justice, même si le tribunal concluait à un sous-financement, il devrait faire preuve de retenue dans l’ordonnance de mesures correctives, car le pouvoir d’approuver les dépenses appartient exclusivement au Parlement.

Kent Elson a qualifié cet argument de honteux, soulignant qu’il impliquerait que le Canada est autorisé, en vertu de la législation sur les droits de la personne, à sous-financer et à discriminer les enfants des Premières Nations en matière d’éducation : Leur argument signifie que le Canada est autorisé, en vertu de la législation sur les droits de la personne, à sous-financer et à discriminer les enfants des Premières Nations en sous-finançant l’éducation des Premières Nations.

« C’est un argument honteux, et je pense que de nombreux Canadiens auraient honte de savoir qu’il est avancé en leur nom. »

Kent Elson, avocat représentant la Première Nation de Mississaugas of the Credit

Services aux Autochtones Canada a refusé de commenter l’affaire, qui est actuellement devant le tribunal. Le ministère avait indiqué en octobre dernier qu’il respectait la décision de la communauté d’intenter un procès.

La porte-parole Maryéva Métellus avait déclaré à l’époque : Chaque enfant des Premières Nations mérite un bon départ dans la vie, à commencer par une éducation adéquatement financée dans sa communauté.

Services aux Autochtones Canada affirme financer l’enseignement primaire et secondaire dans les réserves d’une manière comparable aux systèmes provinciaux, tout en soutenant des services qui répondent aux besoins particuliers des élèves des Premières Nations.

L’audience se poursuit vendredi avec de nouveaux témoignages sur le principe de Jordan.

D’après un texte de Brett Forester, de CBC Indigène

You may also like

Leave a Comment