À moins de cinq semaines du coup d’envoi du Mondial 2026, Vancouver et Toronto se préparent à accueillir des centaines de milliers de visiteurs pour les matchs de la Coupe du Monde de la FIFA, tout en anticipant les risques sanitaires majeurs que représentent ces rassemblements de masse. Alors que la Colombie-Britannique traverse l’une des pires épidémies de rougeole en années, les autorités locales et provinciales ont multiplié les exercices de simulation et les plans d’urgence pour éviter une crise sanitaire.
Des exercices grandeur nature pour évaluer la réponse aux crises
Le 15 avril dernier, Vancouver a organisé un exercice de simulation d’urgence à grande échelle, impliquant plus de 200 policiers et des dizaines d’agents des services médicaux et de sécurité. L’objectif ? Évaluer la capacité des autorités à réagir en cas d’accident de la route faisant des dizaines de victimes lors d’un festival, ou encore en cas d’alerte canicule. Les résultats de cet exercice, qui a mobilisé des paramédicaux, des pompiers, des services d’urgence sanitaire et les médias locaux, ont permis d’affiner les protocoles de coordination entre les hôpitaux et les centres de crise.
« Je pense que vous avez pu remarquer, probablement dans toute la ville, lors de tous nos événements non liés à la FIFA, des mesures d’atténuation en place. »
— Chef adjoint Don Chapman, co-président de l’unité intégrée de sécurité et de sûreté de la ville de Vancouver
Selon le chef adjoint Don Chapman, co-président de l’unité intégrée de sécurité et de sûreté de la ville, les leçons tirées d’événements réels, comme l’attaque à la voiture lors de la fête Lapu-Lapu Day en avril 2025, ont permis d’améliorer les stratégies de mitigation. Les mesures de sécurité renforcées sont désormais appliquées non seulement autour des stades et des zones de rassemblement des fans, mais aussi dans les sites secondaires.
Ces préparatifs s’inscrivent dans un cadre plus large : depuis 2022, lorsque Vancouver et Toronto ont été désignées comme villes hôtes, les deux villes ont collaboré étroitement pour anticiper une série de scénarios, allant des épidémies aux vagues de chaleur, en passant par les accidents de masse et les urgences complexes. Les autorités sanitaires ont élargi la liste des virus surveillés pour inclure la variole du singe, le norovirus et la rougeole, comme l’a annoncé Michelle Murti, médecin hygiéniste en chef de Toronto.
La rougeole, un risque sous-estimé mais bien réel
Si les autorités ont longtemps mis l’accent sur les risques liés à la grippe ou à d’autres maladies infectieuses, la rougeole émerge aujourd’hui comme une menace sérieuse, notamment en raison de la baisse des taux de vaccination en Colombie-Britannique. Selon les données disponibles, les taux de vaccination dans certaines régions sont tombés sous le seuil des 95 % nécessaires pour prévenir la transmission soutenue du virus. Or, les rassemblements de masse comme ceux du Mondial créent des conditions idéales pour la propagation de maladies hautement contagieuses.
Les autorités sanitaires s’appuient sur des précédents historiques pour anticiper les risques. Après les Jeux olympiques d’hiver de 2010 à Vancouver, une épidémie de rougeole avait touché 82 personnes dans la province, après que des cas importés aient été rapportés parmi les visiteurs. À l’époque, la surveillance sanitaire était limitée et la détection des cas reposait principalement sur des signalements cliniques. « À l’époque, ce qui semblait être la plus grande menace était en fait le virus grippal H1N1 », a expliqué Jennifer Gardy, PhD, directrice adjointe de la modélisation des maladies à la Fondation Gates, qui a travaillé sur le dossier en 2010.
« Vous aviez des dizaines de milliers de personnes qui se rassemblaient dans des espaces fermés lors des événements, puis qui se mélangeaient ensuite dans la communauté. »
— Jennifer Gardy, PhD, directrice adjointe de la modélisation des maladies à la Fondation Gates
La rougeole se transmet par voie aérienne et un seul cas importé peut suffire à déclencher une épidémie, surtout dans des environnements surpeuplés comme les stades du Mondial. Les autorités sanitaires de Colombie-Britannique ont donc renforcé leurs systèmes de surveillance, notamment en mettant en place des rapports quotidiens sur la santé publique. Cependant, contrairement à l’Ontario, où des évaluations des risques détaillées ont été publiées, la Colombie-Britannique n’a pas encore fourni de directives comparables.
Vaccination et surveillance : les deux piliers de la prévention
La prévention repose sur deux piliers : la vaccination et la surveillance épidémiologique. Les autorités sanitaires insistent sur l’importance de maintenir un taux de vaccination élevé parmi la population locale, mais aussi parmi les visiteurs internationaux. Cependant, avec des centaines de milliers de personnes en déplacement, la surveillance des cas importés et la détection précoce des foyers épidémiques deviennent critiques.
Les systèmes de surveillance des eaux usées, déjà en place à Toronto et Vancouver, permettront de détecter rapidement d’éventuelles épidémies après le Mondial. Ces outils, combinés à une communication transparente et à des campagnes de sensibilisation, pourraient limiter la propagation des maladies infectieuses.
Malgré ces préparatifs, les experts soulignent que le risque zéro n’existe pas. « La rougeole est l’un des virus les plus contagieux chez l’humain, et sa capacité à se propager rapidement dans des environnements fermés et bondés en fait une menace particulière », rappellent les autorités sanitaires. Les données épidémiologiques montrent que le virus peut survivre dans des gouttelettes en suspension dans l’air, et qu’une infime quantité suffit à infecter une personne non vaccinée.
Quels défis pour les prochaines semaines ?
Alors que le Mondial approche, les défis restent nombreux. Les autorités sanitaires doivent concilier la nécessité de maintenir des mesures de sécurité strictes avec l’impératif de ne pas alarmer excessivement la population. Les exercices de simulation ont permis d’identifier des failles et d’ajuster les protocoles, mais la véritable épreuve débutera avec l’arrivée des visiteurs.
Les autorités sanitaires de Vancouver et Toronto ont également mis en place des plans de contingence pour faire face à d’autres risques, comme les vagues de chaleur ou les accidents de masse. Cependant, la rougeole et d’autres maladies infectieuses pourraient poser des défis inattendus. La coordination entre les différents niveaux de gouvernement, les services de santé et les autorités locales sera cruciale pour garantir une réponse efficace.
Pour les visiteurs et les résidents, la prévention individuelle reste la meilleure stratégie : vaccination à jour, respect des gestes barrières et vigilance face aux symptômes. Les autorités sanitaires rappellent que, malgré les préparatifs intensifs, toute épidémie dépendra en grande partie des comportements individuels.
À moins de cinq semaines du début de la compétition, l’enjeu n’est plus seulement sportif, mais aussi sanitaire. La capacité des autorités à anticiper et à réagir rapidement fera toute la différence.
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