Home AffairesÀ l’Éducation, sept ministres en trois ans et des réformes qui piétinent

À l’Éducation, sept ministres en trois ans et des réformes qui piétinent

by Amélie Bernard

Publié le 13 octobre 2025 à 15h42. Le ministère de l’Éducation nationale connaît un nouveau changement de titulaire avec la nomination d’Édouard Geffray, suscitant des réactions mitigées et des inquiétudes quant à la continuité de la politique éducative.

  • Édouard Geffray succède à Élisabeth Borne, qui a quitté son poste après dix mois en raison de tensions avec Matignon, notamment concernant la réforme des retraites.
  • Les syndicats enseignants expriment leur mécontentement, craignant une continuité des politiques jugées néfastes pour l’éducation nationale.
  • Le nouveau ministre devra faire face à un climat social tendu, avec un appel intersyndical à la grève et à la manifestation dès mardi contre la réforme du lycée professionnel.

La valse des ministres à la rue de Grenelle se poursuit. Après Jean-Michel Blanquer (2017-2022), puis Pap Ndiaye, Gabriel Attal, Amélie Oudéa-Castéra, Nicole Belloubet, Anne Genetet et enfin Élisabeth Borne, c’est désormais Édouard Geffray qui prend les rênes de l’Éducation nationale. Ce remaniement intervient après des divergences entre l’ancienne ministre et le Premier ministre Sébastien Lecornu, notamment sur la gestion de la réforme des retraites. Selon une source gouvernementale, Mme Borne avait proposé un gel de cette réforme sans l’accord de Matignon, ce qui avait créé des dissensions au sein de la majorité présidentielle.

Le Premier ministre souhaitait également procéder à un renouvellement de son gouvernement après un premier casting jugé insuffisant, qui maintenait en poste de nombreux membres du gouvernement de François Bayrou. La nomination d’Édouard Geffray, ancien numéro deux du ministère, est perçue par les syndicats comme un signe de continuité, voire d’immobilisme.

« Nous allons bientôt manquer de doigts pour compter les nouveaux ministres de l’Éducation nationale »

Jean-Rémi Girard, président du syndicat d’enseignants Snalc

Aurélie Gagnier, cosecrétaire générale du syndicat du primaire FSU-Snuipp, partage ce sentiment :

« Édouard Geffray représente la continuité de la politique éducative conduite depuis Blanquer. Rien ne change à part les personnes. »

Aurélie Gagnier, cosecrétaire générale du syndicat du primaire FSU-Snuipp

Les syndicats dénoncent une politique qu’ils jugent inefficace et un manque d’écoute des personnels. Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa, rappelle que M. Geffray a soutenu les réformes controversées mises en œuvre ces dernières années, telles que le « choc des savoirs » lancé par Gabriel Attal, la réforme du baccalauréat initiée par Jean-Michel Blanquer, et la réforme de la voie professionnelle, critiquée pour son manque de prise en compte des difficultés rencontrées sur le terrain.

Elle souligne également le manque de poids politique du nouveau ministre pour obtenir des crédits budgétaires suffisants auprès de Matignon et du ministère de l’Économie et des Finances. Bien qu’Élisabeth Borne ait réussi à maintenir globalement le budget de l’Éducation nationale, premier budget de l’État, les contraintes financières se font sentir concrètement dans les établissements, notamment en matière de remplacement des enseignants et de financement des sorties scolaires.

Durant ses dix mois à la tête du ministère, Élisabeth Borne a également dû gérer une série de crises, dont des agressions au couteau commises par des adolescents dans des établissements scolaires, ainsi que l’affaire des violences sexuelles et physiques survenues à Notre-Dame de Bétharram. Elle a parachevé la mise en œuvre du programme d’éducation à la vie affective et sexuelle (Evars) et lancé un plan « filles et maths » visant à encourager les femmes à s’orienter vers les sciences.

Parallèlement, Mme Borne avait partiellement assoupli certaines mesures du « choc des savoirs », notamment en supprimant l’obligation d’avoir le brevet pour passer en seconde et en introduisant plus de flexibilité dans la mise en œuvre des groupes de besoin en sixième et cinquième. Elle avait également mené à bien la réforme de la formation initiale des enseignants, qui ramène le niveau d’entrée à la licence (contre master auparavant), afin de rendre le métier plus attractif.

Cependant, d’autres dossiers restent en suspens, notamment la question de la rémunération des enseignants, ainsi que l’accueil des élèves en situation de handicap, la santé des personnels, la formation continue, l’éducation prioritaire et la voie professionnelle au lycée, soulignent les syndicats.

Édouard Geffray devra rapidement répondre à ces préoccupations, alors qu’un appel intersyndical à la grève et à la manifestation est déjà lancé pour mardi, afin de demander le retrait de la réforme du lycée professionnel.

Lors de la passation de pouvoir lundi 13 octobre, Élisabeth Borne a insisté sur la nécessité de la continuité de l’action pour agir efficacement, tout en exprimant ses regrets de voir disparaître le ministère unique de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. Philippe Baptiste, qui conserve son poste au gouvernement, a obtenu la création d’un ministère de l’Enseignement supérieur à part entière.

Pour son premier déplacement en tant que ministre, Édouard Geffray a déjeuné lundi dans un restaurant universitaire avec des représentants étudiants. Il a souligné l’importance des questions de précarité et de logement étudiant, affirmant qu’il fallait être attentif à leur situation. Agence France-Presse

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