Home NouvellesAccusation d’insultes à des politiciens : des centaines de plaintes pénales – les actions excessives de Merz en son propre nom

Accusation d’insultes à des politiciens : des centaines de plaintes pénales – les actions excessives de Merz en son propre nom

by Nicolas Lefèvre

Publié le 8 décembre 2025 à 21h44. Le chef de l’opposition allemande, Friedrich Merz, s’avère être l’un des hommes politiques les plus procéduriers de la République fédérale, ayant déposé des centaines de plaintes pour insultes depuis 2021, révèlent des documents exclusifs. Cette propension à recourir à la justice, même pour des propos tenus en ligne, suscite des interrogations sur la proportionnalité et l’utilisation des ressources de l’État.

  • Friedrich Merz a déposé plus de 499 plaintes pénales pour insultes depuis 2021.
  • Des perquisitions au domicile de personnes l’ayant critiqué ont eu lieu, dont l’une a été jugée illégale.
  • Une entreprise, So Done, spécialisée dans la recherche d’insultes en ligne et le dépôt de plaintes, a été utilisée par Merz et d’autres politiciens.

Depuis 2021, Friedrich Merz, à la tête du parti CDU et chef de l’opposition allemande, a multiplié les plaintes pour insultes. Des documents exclusifs, consultés par WELT AM SONNTAG, révèlent l’ampleur de cette démarche : plus de 499 plaintes pénales ont été déposées. Cette attitude contraste avec l’image de l’homme politique robuste que Merz tente de projeter, notamment lorsqu’il invite ses collègues à la modération, comme il l’a récemment fait à l’égard du vice-chancelier Lars Klingbeil, qu’il juge « sensible ».

Les plaintes portent sur des propos divers, allant de « petit nazi » à « sale ivrogne » ou encore des références à des controverses passées. Dans certains cas, ces accusations ont conduit à des perquisitions au domicile des personnes visées, dont l’une a été invalidée par un tribunal. L’affaire du tweet qualifiant Merz de « drecks Suffkopf » (expression vulgaire) a même impliqué l’Office fédéral de la police criminelle (BKA) et une enquête pour « extrémisme », déclenchée par le portail « Hessen gegen Hetze », financé par le ministère de l’Intérieur de Hesse.

L’avocat Konstantin Grubwinkler, qui défend plusieurs personnes accusées d’avoir insulté Merz, dénonce une « réaction totalement excessive du pouvoir judiciaire ». Il estime que la justice ne devrait pas se lancer dans des poursuites pour des injures aussi mineures, et que l’implication du BKA est disproportionnée.

Au cœur de cette affaire se trouve l’entreprise So Done, fondée par Alexander Brockmeier, un homme politique du FDP, et Franziska Brandmann. So Done propose un service de surveillance du web pour détecter les insultes à l’encontre de ses clients, puis de déposer des plaintes et de réclamer des indemnisations. L’entreprise a été promue par plusieurs personnalités politiques, dont le Premier ministre de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Hendrik Wüst (CDU), et le ministre fédéral de l’Économie, Robert Habeck (Verts), avant que ces derniers ne soient mis en garde par un avocat pour violation du devoir de neutralité. So Done a même reçu un prix de start-up du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie en 2024.

Selon des informations obtenues par WELT AM SONNTAG, Merz aurait temporairement utilisé les services de So Done, bien qu’il ne les utilise plus actuellement. L’entreprise conserve 50 % des sommes perçues au titre des indemnisations, finançant ainsi ses activités de surveillance du web.

Un document interne révèle que Merz a personnellement signé une plainte pénale peu avant les élections fédérales, avec une écriture soignée au stylo plume. Un porte-parole du gouvernement fédéral a confirmé avoir reçu « plus de 170 contacts de la police et du ministère public » concernant des insultes présumées à l’encontre de la chancelière, sans que Merz n’ait lui-même déposé de plainte dans ces cas.

Jannik Rienhoff, un autre avocat impliqué dans ces affaires, a représenté une trentaine de personnes accusées d’avoir insulté Merz. Sur ces 30 procédures, une seule s’est soldée par une condamnation, tandis que dix dossiers ont été classés sans suite.

Frédéric Schwilden est auteur au département politique de WELT AM SONNTAG.

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