Publié le 24 octobre 2025 18:02:00. Le Premier ministre australien Anthony Albanese a discrètement transmis un message stratégique au président indonésien Prabowo Subianto concernant un nouveau traité de défense avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée, tandis qu’il cherchait à consolider les relations avec les États-Unis et à anticiper l’influence croissante de la Chine dans la région.
- Anthony Albanese a informé Prabowo Subianto d’un futur traité de défense mutuelle entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
- La récente visite d’Albanese à Washington a confirmé l’engagement américain envers AUKUS et a repositionné l’Australie comme un partenaire plus indépendant.
- Les tensions commerciales et géopolitiques croissantes avec la Chine sont au cœur des préoccupations de la région, notamment à l’approche du sommet de l’ASEAN et de l’APEC.
Dès sa prise de fonction après les élections de mai, Anthony Albanese a fait de l’Indonésie l’une de ses premières destinations. Ce geste, apparemment anodin, signalait un changement de ton par rapport aux engagements parfois fluctuants de l’Australie envers ses voisins immédiats. Mais au-delà de ce message adressé à Jakarta et à l’ensemble de la région, le Premier ministre australien avait une communication spécifique à adresser au président indonésien Prabowo Subianto.
Il s’agissait de l’informer des plans australiens concernant un nouveau traité de défense mutuelle avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée, annoncé début octobre. Ce traité prévoit l’intégration potentielle de jusqu’à 10 000 soldats papou-néo-guinéens au sein des forces de défense australiennes et engage les deux pays à s’entraider en cas d’attaque. Compte tenu de la proximité géographique de la Papouasie-Nouvelle-Guinée avec la province indonésienne de Papouasie occidentale, une région souvent instable, il était jugé prudent d’informer Jakarta des implications de cette initiative.
Cette démarche illustre la complexité de la diplomatie, qui se déroule souvent en coulisses et sur le long terme. Cette subtilité s’est confirmée cette semaine lors du déplacement d’Albanese à Washington. Après des mois de critiques concernant l’absence de rencontre avec le président américain depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, les mêmes voix se sont empressées de saluer le timing opportun de cette rencontre.
La réunion à la Maison Blanche a été perçue comme un succès pour le gouvernement australien : confirmation de l’engagement américain envers AUKUS (malgré les interrogations sur la capacité à livrer les sous-marins prévus) et repositionnement de l’Australie, non plus comme un simple demandeur, mais comme un partenaire utile et relativement indépendant, capable d’apporter sa contribution, notamment dans le domaine des terres rares.
Ce changement de perception a été facilité par l’évolution de l’image de Donald Trump, tant au niveau national qu’international, ainsi que par le fait que l’attention du président américain était concentrée sur des crises éloignées de la région indo-pacifique, comme l’Ukraine et Gaza.
La situation pourrait évoluer rapidement avec l’arrivée prochaine de Trump dans la région, d’abord en Malaisie pour le sommet de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) ce week-end, puis au Japon et en Corée du Sud pour le sommet de l’APEC.
Il sera intéressant d’observer comment Trump abordera les discussions régionales. Contrairement aux dossiers de Gaza et d’Ukraine, la dynamique sera différente en présence d’un acteur majeur et plus avisé : le président chinois Xi Jinping. L’environnement est également distinct : pas de conflit armé ouvert, mais plutôt une guerre commerciale exacerbée par Trump lui-même.
Le spectre d’un conflit autour de Taïwan demeure, mais il est frappant de constater que Trump a été relativement silencieux sur cette question cette année, ainsi que sur les revendications chinoises en mer de Chine méridionale. Lors de sa rencontre avec Anthony Albanese à la Maison Blanche, il a affiché une attitude plus conciliante, affirmant :
« Oui, je le pense, je pense que c’est le cas, mais je ne pense pas que nous en aurons besoin. Je pense que tout ira bien avec la Chine. La Chine ne veut pas faire ça. »
Donald Trump, Président des États-Unis
Il a ajouté :
« Je ne vois pas du tout cela avec le président Xi. Je pense que nous allons très bien nous entendre en ce qui concerne Taiwan et d’autres. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas la prunelle de ses yeux – parce que c’est probablement le cas – mais je ne vois rien se produire. Nous avons de très bonnes relations commerciales. »
Donald Trump, Président des États-Unis
Une telle évaluation pourrait susciter des réactions mitigées parmi les partisans d’une ligne dure envers la Chine en Australie. Trump pourrait bien changer d’avis, comme il le fait souvent, mais pour l’instant, il ne semble pas vouloir faire de Taïwan un point de friction majeur avec la Chine et semble disposé à laisser Pékin s’y implanter.
Ce contexte laisse le commerce et l’économie au centre des préoccupations régionales, même si Trump a conditionné sa participation au sommet de l’ASEAN à la signature d’un traité de paix entre le Cambodge et la Thaïlande, dont il se targue d’avoir facilité les négociations.
La visite de Trump en Malaisie est principalement perçue comme une étape préparatoire à sa rencontre avec Xi Jinping. L’ASEAN, confrontée aux retombées des guerres tarifaires initiées par Trump, évalue actuellement l’impact économique des droits de douane américains sur la région et les mesures à prendre collectivement. Un rapport à ce sujet sera présenté aux dirigeants de l’ASEAN ce week-end.
Selon le site Internet The Diplomat, les exportations chinoises vers l’ASEAN ont atteint 434,1 milliards de dollars au cours des huit premiers mois de 2025, en hausse de 14,7 % sur un an, tandis que les exportations vers les États-Unis se sont élevées à 283,0 milliards de dollars, en baisse de 15,5 % sur la même période. Ce changement profond dans les flux commerciaux illustre les conséquences imprévues de la politique commerciale de Trump : un renforcement des liens économiques entre l’ASEAN et la Chine et la création d’un pôle manufacturier encore plus important en Asie du Sud-Est.
Un accord de libre-échange amélioré entre l’ASEAN et la Chine devrait être signé en marge du sommet. Ces évolutions ont des implications importantes pour l’Australie, qui est signataire du RCEP (Accord de partenariat économique régional global), un accord de libre-échange qui prend progressivement son essor.
Dans ce contexte de mutations économiques, Anthony Albanese se rendra à Kuala Lumpur dimanche.
Laura Tingle est rédactrice en chef des affaires mondiales d’ABC.
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