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Amazoniser l’urgence climatique | Avis

by Nicolas Lefèvre

L’Amazonie est à un tournant critique. Face à une dégradation alarmante de son écosystème, un appel se fait entendre pour une action coordonnée et une reconnaissance du rôle essentiel des peuples autochtones dans la protection de cette forêt vitale pour la planète.

Les chiffres sont sans appel : la plus grande forêt tropicale du monde a déjà perdu 16 % de sa superficie et plus de 23 % de sa connectivité écologique est fragmentée. Au moins 26 % de la forêt présentent des signes de dégradation. Ces données ne sont pas de simples statistiques, mais des signaux d’alerte concernant la capacité de l’Amazonie à réguler les cycles de l’eau, à maintenir la biodiversité, à soutenir des millions de vies et à stabiliser le climat mondial.

Pourtant, l’Amazonie n’est pas uniquement une zone vulnérable. Elle est avant tout un territoire vivant, préservé par les peuples autochtones et les communautés locales qui, depuis des décennies, régénèrent la forêt à travers leurs modes de vie traditionnels. À l’approche de la COP30, qui se tiendra à Belém, au Brésil, en novembre prochain, un moment historique se présente : l’Amazonie accueillera le principal sommet mondial sur le climat. Le succès de cette conférence dépendra de la capacité de l’humanité à agir avec l’urgence que la situation exige.

Pour faire face à cette crise, 12 réseaux régionaux, représentant plus de 450 organisations de la société civile et 300 scientifiques, se sont unis pour former le Réseau amazonien des réseaux. Ce collectif est animé par la conviction qu’une action collective est indispensable. Ils ont élaboré le Pacte panamazonien pour le climat, fondé sur la résistance locale, la recherche scientifique et les savoirs spirituels, afin de protéger la vie.

Le Pacte panamazonien pour le climat définit cinq axes d’intervention majeurs en vue de la COP30. Le premier concerne la connectivité écologique. Entre 1985 et 2022, la fragmentation de l’Amazonie a doublé, affectant 193 millions d’hectares de terres et entraînant une dégradation avancée de 13 % supplémentaires de la région. Routes, barrages et déforestation sont les principaux responsables. Le Réseau appelle les pays à adopter la connectivité comme une stratégie régionale partagée, un principe directeur pour les politiques environnementales et de développement.

Protéger la connectivité, c’est aussi protéger les personnes qui la défendent. L’Amazonie est confrontée à de graves menaces transfrontalières : exploitation minière illégale, trafic de drogue, contrebande de bois et d’animaux sauvages, incendies et accaparement de terres. Les peuples autochtones et les communautés locales sont en première ligne face à ces forces destructrices, souvent au péril de leur vie. En 2023, 196 défenseurs de l’environnement ont été assassinés, dont plus de la moitié dans les pays amazoniens. Le Réseau appelle à reconnaître leur rôle vital, à garantir leur participation, à protéger leurs territoires et à mettre en place des mécanismes concrets de sécurité.

Au-delà de la défense, l’Amazonie a besoin d’espace pour prospérer. Les peuples autochtones et les communautés locales ont développé des modèles de production durables qui protègent les écosystèmes tout en assurant la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. Ces initiatives offrent une vision d’un développement fondé sur la coexistence plutôt que sur l’extraction. Le Réseau appelle les États à renforcer les stratégies favorables aux socio-bioéconomies de l’Amazonie, par le biais de politiques publiques, d’investissements et de la reconnaissance juridique des droits des communautés.

L’Amazonie s’étendant sur plusieurs pays, une action coordonnée au niveau régional est essentielle. Les Déclarations de Bethléem (2023) et de Bogota (2025) soulignent déjà l’urgence d’agir ensemble. Le Réseau appelle les pays amazoniens à travailler comme un bloc unifié, en fixant des objectifs climatiques partagés et en créant un mécanisme régional pour protéger la connectivité écologique et culturelle.

Enfin, la protection de l’Amazonie nécessite des ressources financières adéquates. Lors de la COP29, les pays se sont engagés à mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour lutter contre la crise climatique. Une part équitable de ces fonds doit parvenir à l’Amazonie, avec des règles claires en matière d’accès, de transparence et de justice climatique. Il est essentiel que les peuples autochtones et les communautés locales aient un accès direct à ces fonds pour mettre en œuvre des solutions sur le terrain.

« Rien de tout cela ne sera possible sans volonté politique », souligne le Réseau. « Nous vivons une rupture profonde dans notre rapport à la planète et aux autres formes de vie. Pour y parvenir, il faut transformer la façon dont nous habitons et gouvernons l’Amazonie. » Le point de non-retour écologique est également une frontière politique : le franchir par l’inaction signifierait renoncer à un avenir partagé.

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