Home AffairesAnalyse d’un avocat des lois américaines et des traités internationaux rompus lors de la saisie du président vénézuélien

Analyse d’un avocat des lois américaines et des traités internationaux rompus lors de la saisie du président vénézuélien

by Amélie Bernard

Publié le 4 janvier 2024 à 15h11. L’intervention militaire américaine au Venezuela, qui a abouti à la capture du président Nicolás Maduro, soulève de profondes questions juridiques et constitutionnelles, remettant en cause les prérogatives du Congrès et le respect du droit international.

  • L’opération, menée sans l’autorisation du Congrès, viole potentiellement la séparation des pouvoirs et les dispositions constitutionnelles relatives à la déclaration de guerre.
  • Des accusations de violations du droit international sont soulevées, notamment en ce qui concerne la souveraineté du Venezuela et le respect de l’immunité des chefs d’État.
  • L’intervention pourrait créer un dangereux précédent, ouvrant la voie à des actions similaires de la part d’autres puissances mondiales.

Dans un revirement surprenant, les forces américaines ont pénétré sur le territoire vénézuélien et ont procédé à l’arrestation du président Nicolás Maduro. Si l’opération peut sembler relever du scénario d’un film, elle est bien réelle et constitue l’une des actions les plus audacieuses, et potentiellement illégales, entreprises par un président américain dans l’histoire récente.

Il est indéniable que Nicolás Maduro est un dirigeant autoritaire et corrompu, responsable de la dégradation des institutions démocratiques vénézuéliennes, de la répression systématique de l’opposition, de l’effondrement économique du pays et de graves violations des droits humains. Des poursuites judiciaires américaines l’accusent même de narcoterrorisme et de trafic de drogue à grande échelle. Cependant, ces réalités ne confèrent aucune légitimité juridique à l’intervention militaire américaine.

L’opération ne se justifiait pas uniquement par des considérations de justice, mais également par des enjeux de pouvoir et de contrôle, notamment en ce qui concerne les vastes réserves pétrolières du Venezuela, estimées à plus de 303,8 milliards de barils (303,8 x 109 m3). L’administration Trump avait à plusieurs reprises souligné l’importance stratégique du pétrole vénézuélien, et le président avait explicitement lié la destitution de Maduro à la « reprise en main » du secteur pétrolier par des entreprises américaines. Ce contexte est crucial pour évaluer la légalité de l’intervention.

Examinons les fondements juridiques de cette action.

La Constitution américaine, à l’article I, section 8, attribue au Congrès le pouvoir exclusif de déclarer la guerre, d’autoriser le recours à la force militaire, de lever et d’entretenir des armées et d’en réglementer l’utilisation. L’article II désigne le président comme commandant en chef, mais ce rôle est essentiellement opérationnel et ne lui confère pas le pouvoir de prendre des décisions législatives. La Constitution ne permet pas au président de lancer des guerres unilatérales. L’envoi de forces armées américaines sur le territoire d’une nation souveraine dans le but de renverser son chef d’État constitue, selon toute interprétation raisonnable, un acte d’hostilité. En l’absence d’une déclaration de guerre ou d’une autorisation du Congrès, cette action contrevient directement à l’article I, section 8, et perturbe la séparation des pouvoirs.

La résolution sur les pouvoirs de guerre, codifiée aux articles 50-1541 à 50-1548 du Code des États-Unis, a été adoptée par le Congrès précisément pour prévenir de tels scénarios. Elle impose au président de consulter le Congrès avant d’engager des forces américaines dans des hostilités ou dans des situations où des hostilités sont imminentes. Elle exige également une notification écrite dans les quarante-huit heures, conformément à l’article 50-1543, et interdit le maintien de l’engagement au-delà de soixante jours sans l’autorisation du Congrès, en vertu de l’article 50-1544. Il n’existe aucune justification plausible pour affirmer que le Venezuela représentait une menace armée imminente pour les États-Unis. Il s’agissait d’une opération offensive planifiée. Si le Congrès n’a pas été consulté au préalable, la résolution sur les pouvoirs de guerre a été manifestement violée.

L’administration semble invoquer les accusations fédérales existantes contre Maduro pour justifier l’opération. Cet argument est juridiquement infondé. Une accusation pénale ne saurait autoriser le recours à la force militaire à l’étranger. Les mandats d’arrêt fédéraux ne transcendent pas les limites constitutionnelles ni les obligations internationales. Il n’existe aucune base légale pour transformer les forces spéciales américaines en une équipe d’arrestation internationale.

Qualifier cette action d’opération d’application de la loi ne modifie en rien sa nature juridique. Les troupes américaines sont entrées dans un pays étranger, ont rencontré une résistance armée, ont détruit des infrastructures et ont expulsé des responsables étrangers par la force. Il s’agit d’une action militaire, et la qualifier d’arrestation ne la transforme pas en telle.

D’autres lois nationales entrent également en ligne de compte. La loi sur la neutralité, codifiée à l’article 18 du Code des États-Unis, section 960, interdit les expéditions militaires des États-Unis contre des pays en paix avec les États-Unis. Bien que cette loi ait historiquement été appliquée aux acteurs privés, elle souligne le caractère exceptionnel de l’action entreprise par le gouvernement lui-même sans autorisation.

Si un citoyen privé avait commis de tels actes, il aurait pu être passible de graves poursuites pénales en vertu de l’article 18 du Code des États-Unis, section 1201 pour enlèvement, de l’article 18 du Code des États-Unis, section 1116 pour violence contre des fonctionnaires étrangers, et de l’article 18 du Code des États-Unis, section 1203, mettant en œuvre la Convention internationale contre la prise d’otages. Le fait que ces accusations soient évitées ici en raison de la nature étatique de l’opération devrait inquiéter quiconque croit que la loi s’applique également à ceux qui sont au pouvoir.

Le décret 12333, section 2.11, interdit les assassinats par des membres du gouvernement américain. Même si l’administration affirme qu’il s’agissait d’une opération de capture, l’esprit de cette directive interdit de cibler des dirigeants étrangers. Prendre d’assaut une capitale pour capturer un chef d’État repousse cette interdiction à ses limites.

Les violations du droit international sont encore plus flagrantes.

La Charte des Nations Unies est un traité international contraignant. L’article 2, paragraphe 4, interdit la menace ou le recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État. L’article 51 reconnaît une exception étroite pour la légitime défense en cas d’attaque armée. Le Venezuela n’a pas attaqué les États-Unis, et le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas autorisé cette action. Au regard de la Charte, cette opération constitue un recours illégal à la force.

En vertu du droit international coutumier et tel que codifié à l’article 8 bis du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, un acte d’agression comprend l’invasion ou l’attaque par les forces armées d’un État sur le territoire d’un autre. Les États-Unis ne sont pas partie au Statut de Rome, mais l’interdiction de l’agression est largement considérée comme une norme de droit international coutumier contraignant pour tous les États. Envahir une capitale et capturer le chef du gouvernement relève parfaitement de cette définition.

La souveraineté n’est pas une simple formalité. C’est le fondement du système international. Cette opération a violé la souveraineté du Venezuela de la manière la plus flagrante qui soit.

La capture d’un chef d’État en exercice viole également la doctrine de l’immunité des chefs d’État, une règle du droit international coutumier reconnue par les tribunaux internationaux et nationaux. Les chefs d’État en exercice sont à l’abri de toute arrestation et poursuite par les tribunaux nationaux étrangers. Le manque de reconnaissance diplomatique ne remet pas en cause ce statut de facto. Les Nations Unies et la majorité de la communauté internationale considèrent Maduro comme le chef d’État par intérim du Venezuela. Cette immunité n’a pas été respectée.

La Convention internationale pour la prévention et la répression des crimes contre les personnes jouissant d’une protection internationale, y compris les agents diplomatiques, adoptée en 1973 et transposée dans le droit américain, interdit spécifiquement les attaques, les enlèvements ou la détention de chefs d’État. Les États-Unis s’appuient régulièrement sur cette convention pour poursuivre les contrevenants. La violer crée un dangereux précédent.

La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et les principes de longue date protégeant les fonctionnaires étrangers renforcent la même règle : on n’enlève pas de dirigeants étrangers. Cette norme vise à prévenir l’escalade et le chaos.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel les États-Unis sont partie, interdit l’arrestation et la détention arbitraires en vertu de son article 9. La capture d’un ressortissant étranger à l’étranger par la force militaire en dehors de tout cadre d’extradition soulève de graves problèmes au regard de cette disposition.

La Charte de l’Organisation des États américains, en particulier ses articles 19 et 20, interdit l’intervention dans les affaires intérieures ou extérieures des États membres et interdit le recours à la force pour modifier le système politique d’un autre État. Cette opération a également violé ces obligations régionales.

Les tentatives de justifier l’opération par une intervention humanitaire sont juridiquement irrecevables. Il n’existe aucune doctrine reconnue autorisant une intervention armée unilatérale pour renverser des gouvernements sur la base d’un jugement moral. Cette théorie a été rejetée à plusieurs reprises dans la pratique internationale. Si elle était acceptée, elle légaliserait une instabilité mondiale permanente.

Certains pourraient citer la doctrine Ker Frisbey, issue des arrêts Ker contre Illinois et Frisbie contre Collins, qui permet aux tribunaux américains de juger des accusés même s’ils ont été traduits devant eux par des moyens illégaux. Cette doctrine concerne la compétence et non la légalité. Elle n’autorise pas les enlèvements et n’excuse pas les violations du droit international. Elle limite simplement la capacité d’un accusé à contester le pouvoir d’un tribunal après coup.

Cette opération crée un dangereux précédent. Si les États-Unis peuvent déclarer un dirigeant étranger criminel et envoyer des troupes pour le capturer, toutes les grandes puissances peuvent faire de même. Les justifications juridiques utilisées ici pourraient être reproduites par la Chine, la Russie ou tout autre État disposant de suffisamment de puissance. Les normes s’érodent plus rapidement lorsque l’acteur le plus puissant décide qu’elles ne s’appliquent plus.

Sur le plan intérieur, il s’agit d’une crise de séparation des pouvoirs. Un président qui peut ordonner unilatéralement des incursions militaires pour capturer des dirigeants étrangers a effectivement réécrit par la force l’article I de la Constitution. Le contrôle du Congrès devient facultatif, et les pouvoirs de guerre deviennent une discrétion personnelle.

À l’échelle internationale, les dégâts sont déjà considérables. Le Venezuela est instable, l’autorité n’est pas claire, et des acteurs armés restent actifs. Les États-Unis se retrouvent désormais empêtrés dans les conséquences de leur propre intervention. Les alliés sont inquiets, et les adversaires sont enhardis. La crédibilité d’un ordre international fondé sur des règles a subi un nouveau coup dur.

Il est possible que Maduro soit jugé, et il est concevable que le Venezuela en fin de compte bénéficie de ce changement. Mais ces résultats ne justifient pas les moyens employés. Le droit est d’autant plus important qu’il restreint le pouvoir, et non qu’il le légitime.

Il ne s’agissait pas d’un triomphe de la justice, mais d’une affirmation de la force brute en conflit direct avec la Constitution, la loi fédérale, les traités contraignants et le droit international coutumier.

Lorsqu’une nation qui prétend défendre l’État de droit l’abandonne, les conséquences s’étendent bien au-delà d’un seul pays, d’un seul président ou d’un seul moment.

Tout le monde en paie le prix.

Mitch Jackson, esq.

Merci d’avoir lu Objection non censurée. Cet ouvrage s’adresse aux lecteurs qui croient que le pouvoir doit être limité par la loi et qu’aucun dirigeant n’obtient un laissez-passer lorsque les règles ne sont pas respectées. Si vous privilégiez les limites constitutionnelles, la responsabilité internationale et une communauté engagée en faveur de la vérité plutôt que de la commodité, passez à un abonnement premium pour soutenir ce travail indépendant, rigoureux et impossible à ignorer.

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