Publié le 21 octobre 2025 à 01h07. La rencontre prévue entre les présidents russe Vladimir Poutine et américain Donald Trump en Hongrie suscite l’inquiétude parmi les alliés de l’Ukraine, qui craignent un affaiblissement du soutien occidental face à l’agression russe.
- La Hongrie, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, a été choisie comme lieu de cette rencontre inattendue.
- Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán entretient des relations étroites avec Moscou, ce qui alimente les critiques.
- La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine, mais son exécution en Hongrie est incertaine.
L’annonce d’une possible rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump à Budapest, dans les deux prochaines semaines, a provoqué une onde de choc en Europe et au sein de l’OTAN. Pour les partisans de l’Ukraine, cette initiative est perçue comme un camouflet, alors qu’ils s’efforcent d’isoler le président russe sur la scène internationale et de le tenir pour responsable des crimes de guerre commis en Ukraine.
Donald Trump avait déjà indiqué le 16 octobre qu’il envisageait cette rencontre. Malgré une rhétorique parfois conciliante envers la Russie, les États-Unis pourraient néanmoins fournir à l’Ukraine des missiles de croisière Tomahawk. Plus d’informations sur la possible livraison de missiles Tomahawk.
Le choix de la Hongrie comme hôte de ce sommet a surpris les diplomates et les experts. Ce pays est notamment signataire du Mémorandum de Budapest de 1994, conclu avec les États-Unis et le Royaume-Uni. Ce texte garantissait la sécurité de l’Ukraine en échange de la destruction de son arsenal nucléaire hérité de l’Union soviétique, et promettait le respect de son intégrité territoriale – une promesse bafouée par l’invasion russe de 2022.
« C’est embarrassant pour l’UE et l’OTAN », a déclaré un haut responsable européen, sous couvert d’anonymat. « Le timing est particulièrement délicat. La menace des Tomahawks se précise et Poutine souhaite soudainement une réunion. Mais si Trump peut obtenir quelque chose de positif, il devrait le faire. »
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán entretient depuis longtemps des relations privilégiées avec Moscou. Sa position eurosceptique et ses critiques à l’égard de l’état de droit en Hongrie lui valent l’hostilité de nombreux dirigeants européens.
Malgré le mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) pour déportation illégale d’enfants ukrainiens, peu d’observateurs s’attendent à ce que M. Poutine soit arrêté à Budapest. En avril, M. Orbán avait annoncé le retrait de la Hongrie de la CPI, suite à une visite du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, également visé par un mandat d’arrêt de la CPI pour des allégations de crimes de guerre à Gaza. Techniquement, l’arrestation de M. Poutine serait requise, mais, selon un diplomate européen cité par Reuters, « personne ne serait surpris si la Hongrie ne l’arrêtait pas ». Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Szijjártó, a confirmé le 17 octobre que la Hongrie garantirait la sécurité de M. Poutine pour le sommet.
Selon Botondo Feredi, analyste géopolitique chez Red Snow Consulting, le choix de Budapest permet à Vladimir Poutine de réaliser plusieurs objectifs. « D’une part, il pourra discuter de la guerre en Ukraine dans un État membre de l’UE, sans la présence des dirigeants européens », explique-t-il. « Pour M. Poutine, ce serait un coup symbolique bien plus fort qu’un sommet organisé en Turquie ou ailleurs. »
M. Feredi souligne également que cette rencontre intervient après la récente rencontre entre M. Trump et M. Poutine en Alaska, qui avait déjà fragilisé le soutien occidental à l’Ukraine. Elle pourrait également exacerber les tensions entre la Hongrie et l’Ukraine. Les relations entre les deux pays sont déjà tendues : en septembre, M. Zelenskyy avait accusé un drone hongrois d’avoir violé l’espace aérien ukrainien, ce à quoi M. Orbán avait répondu en remettant en question la souveraineté de l’Ukraine.
M. Orbán est un fervent partisan de Donald Trump et de son mouvement « Make America Great Again » (MAGA). Il a été salué par les partisans de ce mouvement pour sa position ferme sur l’immigration et les droits des personnes LGBTQ+, ainsi que pour son attachement aux valeurs chrétiennes conservatrices. Le 14 octobre, M. Trump avait qualifié M. Orbán de « grand dirigeant », malgré la poursuite des achats de pétrole brut russe par la Hongrie, en dépit des demandes américaines.
Les responsables européens s’attendent à ce que M. Orbán joue un rôle d’intermédiaire entre les camps américain et russe avant les prochaines élections générales. « Les Hongrois tenteront de se présenter comme un acteur clé », estime Martin Przydacz, conseiller en politique étrangère du président polonais.
Les experts estiment que même si les enjeux nationaux détermineront le résultat des élections, ce sommet pourrait renforcer la position de M. Orbán en faveur de relations avec la Russie pour parvenir à une fin du conflit.
« Si un accord est conclu, cela légitimera a posteriori le discours de paix de M. Orbán », prédit Zoltan Novak du groupe de réflexion hongrois Centre for Fair Political Analysis.
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