Tokyo, Japon – Une nouvelle étude japonaise ouvre des perspectives prometteuses dans le traitement du syndrome de l’intestin irritable (SII), en suggérant que cibler le cerveau plutôt que l’intestin pourrait être la clé pour soulager les symptômes de ce trouble digestif chronique qui touche une part importante de la population mondiale.
Des chercheurs de l’Université des sciences de Tokyo (TUS), dirigés par le professeur Akiyoshi Saitoh, ont découvert qu’une classe de médicaments appelés agonistes des récepteurs opioïdes delta (AOD) pourrait atténuer les douleurs abdominales, les ballonnements et les troubles du transit intestinal associés au SII. Leurs travaux, publiés le 25 décembre 2024 dans le British Journal of Pharmacology, mettent en lumière le rôle crucial du stress psychologique dans le développement de la maladie.
L’équipe de Saitoh s’est appuyée sur un modèle animal innovant : des souris exposées à un stress chronique indirect, via une méthode appelée stress de défaite sociale chronique par procuration (cVSDS). Ces souris ont développé des symptômes similaires à ceux observés chez les patients atteints du SII avec diarrhée (SII-D), notamment une hypersensibilité abdominale et une motilité intestinale excessive, en l’absence de lésions organiques.
En utilisant ce modèle, les chercheurs ont exploré l’impact des AOD sur la signalisation chimique dans le cerveau. Leurs expériences ont révélé qu’une réexposition au cVSDS augmentait les niveaux de glutamate dans le cortex insulaire, une zone du cerveau impliquée dans la régulation de la douleur et de l’humeur. L’administration d’AOD a permis de normaliser ces niveaux élevés de glutamate.
« Nos résultats démontrent que les agonistes des récepteurs opioïdes delta agissent directement sur le système nerveux central pour améliorer les symptômes du SII à prédominance diarrhéique chez la souris, et suggèrent que le mécanisme d’action implique la régulation de la neurotransmission du glutamate dans le cortex insulaire », explique le professeur Saitoh.
L’étude a également montré que l’application directe d’AOD au cortex insulaire produisait des effets similaires à un traitement systémique, renforçant l’idée que le cerveau joue un rôle central dans la physiopathologie du SII induit par le stress.
Les chercheurs estiment que les AOD pourraient représenter une nouvelle approche thérapeutique pour le SII, offrant non seulement un soulagement des symptômes digestifs, mais aussi des effets anti-stress et de régulation émotionnelle. Ils envisagent désormais de mener des essais cliniques pour évaluer l’efficacité de ces médicaments chez l’homme, en complément des traitements existants (laxatifs, antidiarrhéiques, analgésiques, antispasmodiques).
« Les agonistes des récepteurs opioïdes delta pourraient représenter un traitement révolutionnaire contre le SII, améliorant non seulement les symptômes, mais aussi apportant des effets anti-stress et de régulation émotionnelle », conclut le professeur Saitoh. « À l’avenir, nous aimerions mener des développements cliniques dans le but d’élargir l’indication des agonistes des récepteurs opioïdes delta pour le SII, en plus de la dépression. »
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