Le Pérou se trouve à un carrefour diplomatique, jonglant entre ses liens traditionnels avec les États-Unis et son partenariat commercial croissant avec la Chine. Une proposition américaine d’alliance militaire, couplée à la montée en puissance de l’influence chinoise, soulève des questions sur l’avenir de la politique étrangère péruvienne.
Selon des sources au ministère des Affaires étrangères, la stratégie actuelle consiste à maintenir un équilibre entre Washington et Pékin. « Les relations avec les États-Unis et la Chine sont de nature différente et peuvent parfaitement coexister », a affirmé une source proche du chancelier Hugo De Zela. « Nous faisons partie du même bloc occidental avec les États-Unis, nous partageons des valeurs et une communauté d’intérêts en matière de sécurité et de défense. La Chine est notre premier partenaire commercial et nous continuons à travailler pour que les investissements chinois augmentent et qu’ils nous achètent davantage de produits. »
Cette approche, amorcée sous le second gouvernement d’Alan García au début des années 2000, s’est concrétisée par la signature d’un accord de libre-échange (ALE) avec la Chine en 2009. García avait même accueilli le président chinois Hu Jintao à Lima en 2008, l’emmenant faire un tour en voiture décapotable autour de la Plaza Mayor.
Malgré l’influence de l’administration Trump, cette politique n’a pas fondamentalement changé. « Cela n’a pas changé », a confirmé la source diplomatique. Cependant, une nouvelle proposition américaine pourrait modifier la donne : l’administration Trump a soumis au Congrès une demande visant à inclure le Pérou parmi les alliés majeurs non membres de l’OTAN (MNNA). Bien qu’aucun accord n’ait encore été signé, cette initiative, si elle est approuvée, pourrait renforcer les liens de sécurité avec Washington.
Le statut de MNNA offrirait au Pérou des avantages en matière de coopération sécuritaire, d’acquisition d’armement et de lutte contre la criminalité organisée. Il pourrait également permettre de rouvrir certaines lignes de coopération précédemment interrompues. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a d’ailleurs rencontré le ministre des Affaires étrangères De Zela en décembre 2024 pour discuter de cette proposition.
Lors de cette rencontre, De Zela a souligné l’importance des relations commerciales avec la Chine, affirmant que le Pérou ne souhaite pas les compromettre. Rubio n’a pas soulevé d’objections, réaffirmant son intérêt à renforcer les liens avec le Pérou et la région. Il a même proposé de se rendre à Lima prochainement.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Pérou affiche un déficit commercial d’environ 2,7 milliards de dollars (15 milliards de dollars d’importations contre 12 milliards de dollars d’exportations) avec les États-Unis, tandis qu’il bénéficie d’un excédent commercial de plus de 13 milliards de dollars (45 milliards de dollars d’exportations contre 32 milliards de dollars d’importations) avec la Chine.
L’inauguration du port de Chancay en novembre 2024, un projet d’investissement chinois majeur, symbolise l’importance croissante de la Chine dans l’économie péruvienne. Le port, intégré à la Nouvelle Route de la Soie, suscite cependant des inquiétudes en Occident, certains experts américains, comme Evan Ellis, le considérant comme une menace pour la sécurité.
Au-delà des considérations économiques et stratégiques, des facteurs culturels et émotionnels entrent également en jeu. L’influence américaine, notamment à travers Hollywood et la culture populaire, est profondément ancrée dans la société péruvienne. La maîtrise de l’anglais est largement répandue, tandis que la Chine reste relativement méconnue.
Le ministère des Affaires étrangères continue de veiller au respect du principe de « une seule Chine » et ne reconnaît pas Taïwan comme un État souverain, se contentant de maintenir un « bureau commercial » à Taipei. Cette position est conforme à celle de Washington.
À l’avenir, le prochain sommet de l’APEC, qui se tiendra en novembre à Shenzhen, en Chine, offrira une nouvelle occasion de renforcer les liens bilatéraux. Il appartiendra au prochain président et au prochain chancelier de saisir cette opportunité.
Chiffres clés
- Déficit commercial avec les États-Unis : 2,7 milliards de dollars (15 milliards USD d’importations, 12 milliards USD d’exportations)
- Excédent commercial avec la Chine : 13 milliards de dollars (45 milliards USD d’exportations, 32 milliards USD d’importations)
Point essentiel n°1 tiré du contenu : Le Pérou maintient une politique d’équilibre entre les États-Unis et la Chine, cherchant à maximiser les avantages économiques et stratégiques de ses relations avec les deux puissances.
Point essentiel n°2 tiré du contenu : La proposition américaine d’une alliance militaire (statut MNNA) pourrait renforcer les liens de sécurité avec Washington, mais soulève des questions sur l’impact potentiel sur les relations avec Pékin.
Point essentiel n°3 tiré du contenu : Des facteurs culturels et historiques, notamment l’influence américaine sur la société péruvienne, compliquent l’équation et pourraient influencer les décisions futures en matière de politique étrangère.
Contexte : Le Pérou a traditionnellement entretenu des liens étroits avec les États-Unis, mais a développé un partenariat commercial important avec la Chine au cours des dernières décennies, en particulier sous le gouvernement d’Alan García.
Ce qui change : La proposition américaine d’une alliance militaire pourrait modifier l’équilibre des forces et influencer les priorités de la politique étrangère péruvienne.
Prochaines étapes : Le prochain sommet de l’APEC à Shenzhen, en Chine, en novembre, sera une occasion clé de renforcer les liens bilatéraux et de définir les orientations futures de la politique étrangère péruvienne.
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