Publié le 7 octobre 2024 à 05h00. Des études récentes mettent en lumière l’interdépendance cruciale entre la faim, la santé et l’environnement au Brésil, révélant une aggravation de l’insécurité alimentaire depuis 2018, particulièrement dans le nord et le nord-est du pays.
- L’insécurité alimentaire a augmenté au Brésil, en particulier dans les régions du nord et du nord-est depuis 2018.
- La consommation d’aliments de faible qualité a un impact négatif sur la santé et l’environnement, tandis que l’accès à des options saines est compromis.
- Garantir l’accès à une alimentation nutritive et promouvoir une production durable sont essentiels pour lutter efficacement contre la faim.
Au Brésil, la question de l’alimentation dépasse largement le simple choix des plats. Deux études récentes menées par des chercheurs de la Faculté de santé publique de l’USP, en collaboration avec d’autres universités nationales et internationales, démontrent un lien étroit entre la faim, la santé et l’ environnement. Il est impératif de considérer ces dimensions de manière conjointe pour élaborer des solutions efficaces.
La première étude, publiée dans la revue Sécurité alimentaire par Lucas Moura, a analysé près de deux décennies de données sur l’ insécurité alimentaire dans le pays. Entre 2004 et 2013, des progrès notables ont été observés, avec un nombre croissant de familles ayant un accès régulier à la nourriture. Cependant, à partir de 2018, la situation s’est détériorée, en particulier dans les régions du nord et du nord-est.
Dans ces zones, la pauvreté, le manque d’infrastructures de base, la fragilité de la santé infantile et la dégradation de l’environnement se conjuguent pour créer un cercle vicieux. Des conditions sociales et environnementales précaires exacerbent l’insécurité alimentaire, et inversement.
La seconde étude, parue dans le Journal international de recherche environnementale et de santé publique et menée par Marhya Julia Leite, a examiné les habitudes alimentaires des Brésiliens. Elle a révélé que la consommation d’aliments tels que la viande bovine et les produits ultra-transformés engendre de multiples conséquences néfastes : réduction de l’espérance de vie en bonne santé, augmentation du risque de maladies chroniques et surcharge de l’environnement. À l’inverse, la consommation d’aliments comme les haricots, les bananes et l’eau douce contribue à prolonger l’espérance de vie en bonne santé et à réduire l’impact environnemental.
La convergence de ces deux perspectives est frappante : dans les régions où la faim est la plus présente, les populations sont également les plus exposées à des régimes alimentaires de mauvaise qualité, souvent composés d’aliments bon marché, peu nutritifs et nocifs pour l’environnement. En d’autres termes, les mêmes personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire sont également plus vulnérables aux problèmes de santé et aux conséquences d’un environnement dégradé.
Des outils tels que l’Indice de Santé Nutritionnelle (HENI), utilisé dans la deuxième étude, peuvent s’avérer utiles pour quantifier ces impacts. Cet indice calcule, au niveau de la population, les minutes de vie saine gagnées ou perdues en fonction des choix alimentaires et de leurs conséquences sur la santé et la planète. Il traduit en chiffres concrets le poids des habitudes alimentaires, tout en révélant comment les inégalités structurelles limitent la possibilité de faire des choix plus sains.
La lutte contre la faim ne se limite pas à garantir la quantité de nourriture disponible, mais implique également d’assurer sa qualité et sa durabilité. Les politiques publiques doivent garantir l’accès à une alimentation nutritive et encourager des modes de production respectueux de l’environnement.
Récemment, le Brésil a été retiré de la carte de la faim de la FAO, une étape importante après les revers de la dernière décennie. Cependant, pour consolider ces progrès, il est essentiel de prendre en compte les conclusions de ces études : la lutte contre la faim ne pourra être durable que si elle s’accompagne d’actions visant à garantir des régimes alimentaires plus sains et plus durables.
Après tout, bien manger est un droit fondamental qui contribue à l’amélioration de la qualité de vie et à la préservation de la planète.

Les deux études ont été soutenues par la Fondation de soutien à la recherche de l’État de São Paulo (Processus n° 2022 / 13640-7 et 2022 / 03091-6).
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