Publié le 28 novembre 2023 14h35. Des témoignages accablants révèlent des pratiques obstétricales abusives en Croatie, où des femmes dénoncent des interventions médicales non consenties et un manque de respect de leurs droits pendant l’accouchement.
- La Croatie est pointée du doigt pour ses taux d’épisiotomie particulièrement élevés, variant considérablement d’un hôpital à l’autre.
- Une campagne de sensibilisation lancée en 2018 par l’ONG Roda a permis de faire émerger des centaines de témoignages de femmes victimes de violence obstétricale.
- Malgré les recommandations de l’ONU et l’adoption de législations protectrices dans d’autres pays européens, la Croatie ne dispose toujours pas de directives nationales claires pour les soins aux femmes enceintes.
La violence obstétricale, définie comme des procédures médicales pratiquées lors de l’accouchement sans le consentement éclairé de la femme et sans nécessité médicale, est un problème croissant qui suscite l’inquiétude des organisations de défense des droits des femmes. Elle peut prendre de nombreuses formes, allant de la violation de la vie privée à la restriction des mouvements, en passant par le refus de nourriture ou d’eau, les humiliations verbales et les interventions médicales forcées.
Si certains pays, comme l’Argentine et le Venezuela, ont reconnu la violence obstétricale comme une forme spécifique de violence contre les femmes dès les années 2000, d’autres peinent à légiférer et à mettre en place des mesures de protection efficaces. Récemment, le Portugal a adopté une loi visant à protéger les droits des femmes pendant l’accouchement, tandis que la Croatie est confrontée à une prise de conscience tardive du problème.
En Croatie, c’est l’ONG Roda qui a sonné l’alarme en 2018, en lançant une campagne en ligne intitulée « Briser le silence ». Des centaines de femmes ont alors partagé leurs expériences douloureuses, dénonçant des pratiques abusives et un manque de respect de leurs droits.
Suite à cette campagne, deux rapporteurs spéciaux de l’ONU et un groupe de travail de l’ONU sur la discrimination à l’égard des femmes ont adressé des recommandations au gouvernement croate, demandant une enquête indépendante sur les violations présumées des droits sexuels et reproductifs. Dans une déclaration commune, ils ont exprimé leur « consternation » face aux témoignages recueillis, évoquant notamment des cas de femmes attachées à leur lit par les bras et les jambes.
Les experts de l’ONU ont également souligné des pratiques préoccupantes telles que la réalisation de fausses couches chirurgicales sans anesthésie, des éraflures utérines, l’ablation du placenta, des sutures post-partum, des épisiotomies pratiquées à l’encontre de la volonté des femmes et un traitement irrespectueux de la part du personnel médical. Ils ont demandé que les résultats de l’enquête soient rendus publics et qu’un plan d’action national pour la santé des femmes soit élaboré.
Sept ans après le début de la campagne « Briser le silence », la Croatie ne dispose toujours pas de directives nationales pour les soins aux femmes pendant l’accouchement. Le ministère de la Santé se contente d’affirmer que les experts en gynécologie et obstétrique « surveillent en permanence les indicateurs, garantissent la qualité des soins fournis et appliquent les directives pertinentes en matière de soins à l’accouchement », sans préciser quelles sont ces « directives pertinentes ».
L’histoire de Marija illustre les difficultés rencontrées par les femmes croates pour faire valoir leurs droits pendant l’accouchement. Admise à l’hôpital, son plan de naissance, dans lequel elle exprimait ses préférences concernant les interventions médicales, a été simplement placé dans sa chambre. Elle y indiquait notamment qu’elle souhaitait être informée de chaque procédure, qu’elle ne voulait pas de rasage ou de lavement – des pratiques non recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – et qu’elle ne souhaitait pas que son sac amniotique soit rompu artificiellement ou qu’elle reçoive une perfusion d’ocytocine synthétique.
Marija avait également clairement exprimé son refus d’une épisiotomie. Elle se souvient :
« Le premier médecin qui m’a examinée a regardé mon plan de naissance et m’a demandé : ‘Très bien Marija, pourquoi refuses-tu ces interventions ?’ »
Marija, patiente
Elle déplore le manque de communication et le manque de respect de ses choix.
En fin de compte, malgré ses souhaits, Marija a subi une épisiotomie sans être consultée et son sac amniotique a été rompu artificiellement. Elle envisage désormais de poursuivre l’hôpital en justice pour des côtes fracturées.
Les pratiques obstétricales en Croatie contrastent fortement avec les recommandations de l’OMS. Alors que l’organisation conseille depuis 1996 de limiter le taux d’épisiotomie à 10 % des accouchements vaginaux, la Croatie affiche des chiffres bien plus élevés, allant de 8,59 % à l’hôpital général de Pakrac à 75,8 % au centre hospitalier clinique de Rijeka en 2023.
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